Avant de me lancer dans le récit du weekend passé, celui du 18 novembre 2017, j’aimerais expliquer le lien qui existe entre l’association martiale MingYue – 明岳拳社 – de Shanghai et Ciel et Mont. Petite présentation d’un pont interculturel à 2 piliers dont la clé de voûte est la passion des arts martiaux.

Shanghai, hiver 2013

Nous étions déjà une petite poignée d’amateurs à aller aux cours de Tai Chi Chuan de notre prof, Jiao Yu, et après qu’il ait quitté le Wuguan où nous nous étions tous rencontrés, nous l’avions quasiment tous suivi. Au début, nous nous entraînions dans le parc Tian Shan – qui a donné son nom à ce site, Ciel et Mont, Tian voulant dire Ciel et Shan montagne – et c’est là-bas qu’a commencé à émerger l’idée que nous pouvions créer une association. L’art de notre prof – qui devint notre maître par la suite, voir cet article – devait avoir une consistance administrative, un système pédagogique à part entière qui réunirait la plupart des connaissances et des sciences des arts martiaux internes du cercle Wulin.

Durant l’hiver 2013 est apparue un nom : Shen Wu Men. Shen Wu Men est devenu en mars 2016 le groupe officiel de discussion et de recherche uniquement réservé aux disciples de maître Jiao (donc passant par la cérémonie Bai Shi), l’objectif premier de Shen Wu Men est de revisiter l’essence des arts martiaux et l’adapter au 21ème siècle : le combat moderne supporté par l’entraînement traditionnel.

Afin de promouvoir ce savoir auprès du grand public et aussi pour rentrer davantage dans le cadre légal de l’administration chinoise, l’association Ming Yue a vu le jour fin 2016 (Ming est le nom martial de Maître Jiao. Il a ensuite nommé la génération de tous ses disciples Yue, en hommage au général Yue Fei 1103-1142). L’association compte aujourd’hui (20/11/2017) 70 adhérents et 8 disciples (dont votre serviteur).

Quant à ce site, j’ai voulu faire de Ciel et Mont une vitrine sur la Chine que je connais, celle qui me passionne, celle de la culture chinoise pré-communiste, des arts martiaux traditionnels et de la vision taoïste du corps. Ciel et Mont est évidemment étroitement lié à l’association Ming Yue de Shanghai créée par Maître Jiao Yu.

 

Ming Yue et le Nei Jia Quan

Maître Jiao, malgré son jeune âge (moins de 40 ans) est disciple du Xing Yi Quan par la branche du Grand Maître Shang Yun Xiang, disciple du Tai Chi Chuan par la branche du Grand Maître Yang Cheng Fu et disciple du Ba Gua Zhang par la branche du Grand Maître Cheng Ting Hua. Ces 3 styles d’arts martiaux internes sont les plus traditionnels et forment en grande partie le Nei Jia Quan. Il existe d’autres styles moins connus mais ce n’est pas l’objet de cette présentation.

Nei Jia Quan signifie littéralement arts martiaux internes. Le terme « internes » réfère au travail des forces à l’intérieur du corps et de l’énergie y circulant avec premièrement la familiarisation du Dan Tian et de son utilisation dans le combat.

Les deux mots restant – arts et martiaux – intègrent dans un seul concept les idées de culture/morale/expression de l’esprit/philosophie avec le mot « art » et l’aspect discipline/guerre/destruction/violence avec le mot « martial ».

Le Nei Jia Quan enseigne aux gens comment devenir plus érudit et plus réactif au danger tout en renforçant leur santé. C’est le cœur de toute activité dans l’association Ming Yue, créée par Maître Jiao Yu.

 

La sortie annuelle de l’association Ming Yue

L’association organise chaque année une sortie afin de quitter un court moment cette grande ville fourmillante qu’est Shanghai. Durant un weekend, les participants à l’évènement goûtent à tous les concepts du Nei Jia Quan grâce à des entraînements spécifiques ayant lieu le matin, l’après-midi et le soir.

1.L’entraînement aux capacités physiques pour le combat : Lian gong

Lian gong est le nom généralisé donné à tous les exercices d’entraînement traditionnel aux capacités physiques, que ce soit pour les arts internes ou pour les arts externes avec toutefois des divergences dans les objectifs pédagogiques. Il s’agit de développer ses capacités physiques (force, enracinement, réflexes, vitesse, etc.) afin qu’elles nous soient utiles pour le combat. Certains y verront de la musculation, d’autres du Qi gong ou encore de la restructuration corporelle ; tout le monde aura raison.

Les Chinois ne séparent pas les choses pour les ranger dans de petites boîtes comme nous pouvons le faire dans nos sociétés judéo-chrétiennes. Pour eux, tout est lié et on ne peut quasiment jamais détacher une partie de son ensemble pour l’étudier de manière isolée. Ce dont vous avez juste besoin de savoir en revanche c’est que les exercices Lian Gong vous désintoxiquent par la transpiration, vous débloquent certains maux par la circulation sanguine, vous renforcent la santé par les mouvements effectués, vous relaxent par le calme nécessaire à la pratique, et bien d’autres effets bénéfiques.

 

2.Le Tai Chi Chuan : style Yang

Durant ce weekend au monastère de ces montagnes du Zhejiang (présentation plus bas), on aborde bien évidemment le Tai Chi Chuan. Dans l’association Ming Yue, nous pratiquons un Tao lu en 8 formes basé sur les principes d’origine du Tai Chi Chuan du style Yang. Pas parce que c’est juste bon pour la santé et que ça fait circuler le sang, le Tai Chi Chan est une aide énorme pour tout combattant qui veut affiner ses recherches dans les forces internes de son corps. La lenteur des mouvements du style Yang permet de comprendre quel angle adopter pour utiliser la force de tout son corps en partant des pieds d’appui et dans une direction précise.

Le corps d’un adulte possède 206 os, ça en fait des angles à mémoriser ! Par chance, le corps humain a sa propre mémoire, le pratiquant de Tai Chi Chuan peut donc répartir son esprit non seulement sur les angles que fait son squelette mais aussi le souffle, l’intention, la transformation des mouvements etc. Attention ! Je souligne une fois de plus que tout ceci ne fait qu’un dans la pensée chinoise ; il ne faut donc pas s’éparpiller sur tel ou tel concept, se focaliser sur le tout réuni.

Bon pour la santé, le Tai Chi Chuan fait circuler le sang, apporte de l’oxygène dans tout le corps car tout le corps est sollicité, favorise la concentration pour l’exécution des mouvements et de l’équilibre, calme le mental agité par le stress quotidien, « dérouille » les articulations bloquées, la liste des bénéfices de cette merveilleuse chose est interminable.

 

3. Tui Shou : une des applications martiales du Tai Chi Chuan

Tui veut dire pousser et Shou veut dire les mains. Dit ainsi cela ne veut pas dire grand chose. Cela a été traduit par « mains collantes », qui ne se veut pas beaucoup plus significatif. Dans les exercices de Tui Shou, 2 adversaires (ou plutôt partenaires) agissent en complémentarité l’un de l’autre. Quand le premier pousse, l’autre dévie la force et vice-versa, tel est le grand principe Yin/Yang. Mais cela reste de l’entraînement à l’écoute de la force adverse (intensité et direction) car chacun des deux pratiquants sait qu’il doit être coopérant pour que son camarade progresse. On ne peut donc pas voir ici quelconque côté martial : nous sommes dans l’exercice pédagogique.

 

Qu’en est-il alors lorsque le pratiquant adverse n’a pas pour objectif de vous laisser le temps de progresser mais veut plutôt vous faire tomber ? Les principes restent les mêmes, mais avec le stress et la violence occasionnés par le combat. Nous sommes alors dans le domaine de la lutte, il y a une confrontation. Interviennent alors l’enracinement (résultat concret de l’entraînement Lian gong) , la transformation de la force et les réflexes (conditionnés par le travail d’écoute mentionné juste avant) et la stratégie martiale (née de l’expérience du combattant).

Durant le weekend au monastère, chaque participant au stage a pu s’apercevoir que la première des obligations pour rester debout lors de combat Tui Shou est l’enracinement. Ils ont pu ainsi comprendre l’importance de la première posture d’enracinement étudiée dans l’association Ming Yue : la posture de l’arbre – Hun yuan zhuang. C’est de cette posture que partent une grande majorité des principes d’entraînement.

 

4.Les protections sont indispensables pour tester son apprentissage

Le combat est le premier test de compétences dans les arts martiaux. Il permet de mesurer son degré de compréhension, c’est une sorte d’examen de ses avancées dans l’art. A la différence des arts de santé dans lesquels le combat n’a pas sa place, les arts martiaux nécessitent la confrontation violente avec un adversaire, ce qui implique d’avoir une excellente santé. Les arts martiaux internes renforcent en ce sens la santé, là où les arts de santé l’entretiennent, il y a une légère nuance.

J’attire votre attention sur un point : violent ne veut pas dire barbare. Pour plein de gens, violent est synonyme de méchanceté, d’agression, de colère, de barbarie. Mais pour les artistes martiaux, la violence fait partie du test de connaissance, mieux, elle fait partie de l’art. Je vais aller plus loin en disant que la maîtrise de la violence (son usage, son contrôle, son désamorçage) est le premier test auquel un artiste martial doit se confronter : il s’agit du combat à mains nues.

Le combat dans les arts traditionnels se veut sans protection. Mais pour ne pas se blesser – ce qui arrive fréquemment lorsque l’on applique les techniques traditionnelles correctement, nous utilisons bien souvent des protections. Considérons cela comme un avant goût du réel combat dans lequel on se bat pour se défendre (selon l’étique) en blessant souvent l’adversaire. Ce genre de combat est réservé aux experts.

Durant le stage à la montagne, dans ce monastère près de Hangzhou, tout le monde a pu expérimenter le premier degré de réalisation de tout artiste martial. Aidé de protections (gants de boxe anglaise, casque type « face de singe », bandages des poings et protège dents pour certains) chacun a fait la revue de ses compétences physiques, techniques et guerrières lors de combats d’environ 3 minutes chacun. Les femmes étaient d’ailleurs les premières à vouloir se tester ! Bravo mesdames, vous montrez la voie à bon nombre de gens.

Pour que les choses se déroulent de manière amicale, tous les participants doivent se reconnaître tels qu’ils sont et l’affirmer publiquement en toute humilité : sans expérience, débutant, initié, avec expérience. Ainsi, pour maintenir la bonne convivialité, il n’y a pas de catégorie, tout le monde peut combattre tout le monde, sous le contrôle du Maître et de ses disciples. On a assisté à des combats d’une très bonne qualité cette fois-ci d’ailleurs. Le respect, l’honnêteté, la vigilance étaient dans le cœur de chacun, les protections ne servant pas à se protéger soi-même mais à protéger l’adversaire.

La colère, la prétention, la vengeance, et toutes ces choses négatives n’ont pas leur place dans l’association Ming Yue. Nous sommes des artistes martiaux, garants de l’étique de l’art, de la bonne transmission et de la joie de tous.

 

5.Le temple Fu Tuo Si

Situé à moins de 70 km de Hangzhou dans la province du Zhejiang, province voisine de Shanghai, le temple de Fu Tuo Si a vu sa construction commencer en 912. Après plus de 1000 ans d’histoire, le temple est finalement considéré comme patrimoine national et bénéficie de la protection de la ville de Hangzhou depuis 2009.

La vie au temple est des plus simples. Levés aux premières lueurs du jour quelle que soit la saison, les moines entament leur journée par le récit de certains canons du Bouddhisme avant le petit déjeuner. L’entretien du temple, le ménage, le jardinage, la cuisine, la prière, la méditation sont les activités les plus communes résumant les tâches quotidiennes. Les moines consomment une partie de leur récolte du jardin et en font profiter les visiteurs et les pèlerins grâce à des plats végétariens succulents. Ainsi, les 3 repas de la journée sont tous plus délicieux les uns que les autres.

Le temple dispose d’un grand dortoir sur 2 étages pour ses visiteurs avec plus d’une trentaine de chambres doubles ou triples. Les moines quant à eux dorment à part car leur train de vie ne ressemble pas tout à fait à celui des gens du commun.

Le temple est surplombé par une tour de 6 étages en haut de laquelle il est possible d’admirer le paysage vert des montagnes plantées de bambous se balançant au gré du vent. Une vue imprenable qui inspire la tranquillité et la quiétude, denrées rares lorsqu’on habite dans une mégalopole.

Les lieux sont propices au recueillement et à la simplicité de vie mais aussi à la pratique des arts martiaux qui partagent plus ou moins les mêmes conditions environnementales.

 

En attendant le prochain stage …

Ce stage a été une réussite car tout le monde sans exception s’est senti plein de joie à la fin de ce weekend ; les photos en témoignent ! La bonne humeur et la convivialité ont également été le ciment qui a permis aux activités proposées par l’association Ming Yue de se dérouler on ne peut mieux.

Nous sommes rentrés à Shanghai en emportant avec nous un peu de cette énergie naturelle que nous avons accumulée durant ces 2 jours. Maintenant, chacun continue sa pratique de son côté en attendant de se retrouver dimanche prochain pour l’entraînement hebdomadaire !

J’espère sincèrement que vous pourrez expérimenter un jour le système d’entraînement de l’association Ming Yue, notamment lors d’un séjour comme celui-ci. L’année prochaine, qui sait ?

Weekend arts martiaux internes au monastère Fu Tuo Si

2 avis sur « Weekend arts martiaux internes au monastère Fu Tuo Si »

  • 26 novembre 2017 à 23 h 23 min
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    Magnifique endroit qui doit inspirer la tranquillité , le respect et qui doit être génial pour cette activité et pour se ressourcer .On le voit bien sur le visage des participants . C’est bien . Il faut continuer .

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    • 26 novembre 2017 à 23 h 28 min
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      Magnifique endroit qui doit inspirer la tranquillité , le respect et qui doit tout à fait correspondre à cette activité pour se ressourcer . On le voit bien sur le visage des participants . Super . On a envie d’y aller .

      Répondre

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