Tuishou – 推手

Dans le monde du Tai chi chuan (Tai Chi Chuan), il est souvent coutume de parler de Tuishou. Nombreux sont celles et ceux qui ont les yeux qui brillent dès la prononciation de ces 2 caractères chinois.

Cette flamme dénote sans conteste un intérêt particulier de la part de beaucoup pour cette pratique.

Malgré qu’on traduise aujourd’hui Tuishou par « poussée des mains » ou « mains collantes » ou autres expressions pour se distinguer, il est parfois difficile de se mettre d’accord sur ce qu’est cette pratique.

On va essayer de comprendre pourquoi il est si difficile de voir l’éléphant dans son entier et par conséquent se demander s’il est bien justifié d’en faire son cheval de bataille sur les réseaux sociaux.

De ce fait, ce nouvel article va d’abord rappeler au débutant quelques principes importants sur la théorie du Tuishou pour ensuite se diriger vers une analyse critique de ce qu’on peut voir sur YouTube et Facebook pour ne citer que ces 2 réseaux sociaux.

Et pour finir vous verrez que le Tuishou, comme toute activité qui se respecte, suit une progression pédagogique bien précise qui porte le débutant au stade de connaisseur puis d’expérimenté, ce qui lui donnera de quoi débattre si besoin s’en fait sentir.

Tuishou : notions théoriques

On ne dissocie pas le Tuishou du Tai chi chuan. En effet, le Tuishou est un exercice à 2 pratiquants que l’on retrouve très souvent dans les applications martiales du Tai chi chuan.

Même si on retrouve des formes rappelant le Tuishou dans d’autres styles comme le Yiquan (Dachengquan) ou le Xingyi, ces formes ont d’autres noms, propres à ces styles.

Dans cet article, nous resterons néanmoins dans le Tuishou du Tai chi chuan, par commodité.

Dans cet exercice, qu’on travaille à deux avec un partenaire ou un adversaire, on effectue des mouvements d’attaque et de défense en fonction de ceux de l’adversaire, dans le but de le déséquilibrer et de le neutraliser finalement.

Un grand sens de l’écoute est donc impératif, vous allez comprendre pourquoi ensuite.

Selon Hao Yinru, maître du Tai chi chuan style Wu-Hao à Shanghai, le terme Tuishou n’est apparu que très récemment. Dans l’interview faite le 5 novembre 2018, il nous avait expliqué que le terme approprié devrait être Dashou qui signifie littéralement « frapper – main ». (Interview disponible ici)

Hao Yinru à gauche et son professeur Hao Shaoru à droite

Le terme actuel, Tuishou, est constitué de tui (推 pousser) et shou (手 main).

Comment pourrait-on résumer cet exercice en une simple action de pousser ?

Pousser, dans notre langage courant, fait référence à une action en force partant de soi et s’exerçant sur une chose ou une personne, de manière unidirectionnelle.

Pousser est le contraire de tirer et n’inclut pas de manière évidente les actions de lever, écraser, comprimer, absorber, suivre, transformer, etc. autant de notions qui font partie intégrante du Tai chi chuan.

L’expression « poussée de mains » est donc très mal choisie pour illustrer cette pratique.

Vous pouvez au passage vous apercevoir que les traductions mots à mots sont souvent la preuve d’un manque de compréhension des choses par les traducteurs.

Alors si en plus on passe du chinois à l’anglais puis au français, on ne s’en sort plus dans ce tas de copies interprétées.

Mais on ne leur en veut pas, à chacun son métier comme on dit.

« Mains collantes » est beaucoup plus adapté par exemple, car qui dit collant dit rester en contact, et ceci peu importe les changements de direction que peuvent prendre les mouvements.

Voilà une des bases primordiales du Tuishou.

Tai ji tu (太极图)

Revenons à ce qu’est réellement le Tai chi chuan et décortiquons cette expression.

Taiji 太极 : philosophie taoïste expliquant la présence de l’équilibre Yin Yang dans chaque chose de la vie et dans chaque recoin de l’univers.

Quan 拳 : poing et plus largement méthode d’entraînement aux arts martiaux.

Le Tai chi chuan est donc une méthode d’entraînement aux arts martiaux qui suit le très fameux concept de dualité/complémentarité Yin Yang.

Ceci est également une des bases primordiales du Tuishou.

Beaucoup confondent avec le Qigong mais la finalité n’est pas la même. Aujourd’hui on parle à tort et à travers de l’énergie parce qu’en effet elle est théoriquement présente partout.

Les raisons de ces confusions sont nombreuses.

Par rapprochement exotique on met tout dans le même panier ? Peut-être …

Renouer avec les traditions anciennes parce que c’était mieux avant ? Why not …

Bon j’arrête là les sarcasmes.

Si vous voulez en apprendre plus sur l’énergie, faites du Qigong, pas du Tai chi chuan.

Vous pouvez aussi lire cet article dont le titre est ni plus ni moins : Chi.

Alors que la finalité du Qigong est, comme son nom l’indique, le travail du Qi, le but du Tai chi chuan est quant à lui tout à fait différent car il s’agit ici de l’étude de Yin Yang par l’art martial.

Il n’y a donc aucun lien avec le Qigong, mais bon, quand on ne sait pas, on regroupe tout ensemble, c’est bien naturel.

Dès lors, le débutant qui aura lu ces quelques lignes saura que le Tuishou (puisque c’est son nom conventionnel) est imprégné de contact et de Yin Yang.

Cela peut donner déjà une petite idée de ce qu’est le Tuishou (puisse le débutant connaître un minimum les termes Yin Yang, ce sur quoi je ne m’étalerai pas non plus dans cet article.)

Yin Yang en caractères traditionnels

Un troisième point clé à mentionner c’est l’ancrage au sol.

Si le pratiquant « flotte comme une feuille au vent », il est mal parti pour s’engager dans du Tuishou puissant.

L’assise doit être inébranlable et malgré tout rester à chaque instant sous le contrôle du pratiquant.

Autrement dit il faut être à la fois une montagne indétrônable et un nuage insaisissable.

Ce concept est appelé xu shi (虚实 vide plein) en chinois, une des infinies applications du concept Yin Yang.

Et plus vite vous passerez d’un état à l’autre (de vide à plein et vice-versa), plus surprenantes seront vos réactions pour l’adversaire. Ce qui vous donnera un avantage certain quant à l’issue de l’échange.

A propos de xu shi, vous verrez souvent les mots savants insubstantiel / substantiel sur les réseaux et groupes sociaux qui traitent du Tai chi chuan.

Donc on résume un peu.

En théorie, le Tuishou ne peut pas se passer de ces 3 points :

  • Garder le contact avec l’adversaire / camarade lors de l’exercice pratique
  • Réaliser la notion Yin Yang par le mouvement et l’écoute de la situation
  • Disposer d’un ancrage au sol d’une qualité épurée

Avec la pratique, le corps s’approprie comme réflexe ces 3 points.

Ces quelques lignes résonneront certainement chez le pratiquant de Tai chi chuan expérimenté.

Pour le débutant, c’est différent.

Il y a tellement de choses sur le net, qu’il est parfois difficile d’y voir clair.

On va donc tenter de dénouer les nœuds dans le prochain paragraphe.

Analyse critique du contenu vidéo tournant sur le net

« Ouah ! Ce maître est trop fort ! Tu as vu ce qu’il peut faire ? »

« Mmmm … il y a anguille sous roche là non ? »

« Mais qu’est-ce que c’est que ces conneries ? Vous allez quand même pas croire à cette charlatannerie ? »

« Tu n’y connais rien, tu n’es qu’une brute à l’esprit obtus, Grand Maître Chu est parmi les meilleurs qui soient. »

Yan Fang (闫芳) un des maîtres les plus polémiques aujourd’hui

Ce genre de débat fait-il écho ?

Je vous parie mon billet que oui.

On s’est tous plus ou moins retrouvés dans ce genre de débat, en tant qu’acteurs ou spectateurs.

Voilà la raison pour laquelle ce débat est en réalité sans fin :

Le Tuishou appartient au domaine des arts martiaux.

Quand on parle d’arts martiaux, on pense directement à ces gens qui donnent des coups dans les airs au milieu d’une bambouseraie.

Ou qui, assis torse nu dans la position du lotus sur un rocher poli par le temps, renforcent leur corps sous une cascade d’eau à 8°C au pied d’une montagne sichuanaise en plein mois de février.

Petite pause respiratoire puis on continue dans les images…

Il y a aussi cette vision du moine vêtu d’ocre, bâton noueux tournoyant d’une main à l’autre, défaisant une horde de criminels et, ainsi, évite à une jeune mère et son enfant l’horrible destin qui l’attendait il y a quelques secondes.

Un peu cliché… Faisons mieux voulez-vous.

Le coin du costume de soie blanche flottant au vent laisse soudainement place au fil d’une épée qui fend l’air sous un woooosh puissant. Les oiseaux des alentours s’envolent, surpris par leur instinct de fuite qui les pousse à quitter les lieux. Des feuilles sang et or virevoltent ça et là formant peu à peu l’esquisse conique d’une invisible tornade. La barbe blanche du vieil homme dont la longueur n’a d’égal que la flamme qui règne dans ses yeux cernés de rides, suit les changements de direction que cette lame semble imposer, autour du corps décharné du Maître.

Nous sommes ici en présence de 2 choses : l’art et le martial.

L’art et le martial sont confondus dans l’inconscient collectif et vous venez d’en faire l’expérience avec ces 3 images.

Distinguons « art » et « martial »

L’art est une manifestation physique de l’esprit perceptible par le public grâce aux 5 sens dont dispose l’être humain. (Définition personnelle)

L’art est l’interconnexion spirituelle la plus commune reliant les gens sur Terre.

L’art est illimité.

L’art plaît.

L’art résonne.

L’art enchante.

L’art est travaillé.

Pourtant, n’oublions pas que notre pratique se nomme art martial.

Si l’art est bel et bien présent (puisqu’il plaît, qu’il est travaillé, qu’il enchante), il ne doit néanmoins pas faire de l’ombre au martial.

Le martial, c’est la guerre, la stratégie pour gagner, l’anti-complaisance par excellence.

Pas de politesse, pas de fairplay.

De la vigilance, de la méfiance.

Tous les sens sont en alerte.

Si je peux te tuer en arrivant dans ton dos plus silencieusement qu’un chat, alors je saisis sans scrupule l’occasion pour te trancher la gorge en étant parfaitement conscient du risque que je prends.

Voilà ce qu’est le martial.

« Vertical horizontal » – Tony Leung interprétant Yip Man dans le film de Wong Kar Wai « the Grand Master ».  

L’un de nous deux va mourir et ce n’est certainement pas moi.

Au 21ème siècle, qui peut se venter de suivre à la lettre cette voie ?

Ni vous, ni moi, ni personne que vous ne connaissiez de près ou de loin.

Simplement parce que notre société n’est plus en guerre depuis un moment et aussi que tuer quelqu’un, volontairement ou pas, est un crime puni par la loi.

Fort heureusement pour nous d’ailleurs …

Seuls les pauvres gens qui subissent quotidiennement la guerre dans leur pays ont des aperçus de ce qu’est le véritable martial.

Ce n’est pas quelque chose de noble, ce n’est pas quelque chose de sensé.

C’est sauvage, dénué de morale, impitoyable.

Comment faire alors pour cultiver cette tradition guerrière sans blesser mortellement l’adversaire ?

(Puisse-t-on en être capable, ce qui est, dans nos limites corporelles, impossible pour 95% d’entre nous…)

Après quelques années d’échanges avec camarades et adversaires, voici une de mes certitudes pour répondre à cette question :

pour cultiver le martial sans que l’art ne lui fasse de l’ombre, on doit impérativement garder à l’esprit que, pendant l’échange, l’adversaire n’est pas un copain, qui qu’il soit.

Attention. Cela ne signifie pas qu’il faille manquer de respect comme certains combattants de renom le montrent de temps à autre.

Le manque de respect ne fait pas partie de l’art.

Quelle est la place du Tuishou dans l’art martial alors ?

Comme on l’a vu précédemment, le Tuishou nous dit qu’il faut être en contact collant avec l’adversaire.

Ce qu’on peut voir systématiquement dans toutes les vidéos de Tuishou.

Ne venez pas me parler de l’énergie qu’un Grand Maître chinois XYZ (ah oui, il faut qu’il soit Chinois sinon ça marche pas) envoie dans le cosmos et qui fait tomber une ribambelle de personnes, par pitié.

Chu King Hung, autre maître de la « force vide »

Ceci n’est pas du Tuishou.

On s’arrête ici, on ne s’enflamme pas. Passons.

Le Tuishou nous dit également que l’on doit suivre la notion Yin Yang.

Ceci n’est pas toujours évident à première vue mais si on revoit les vidéos plusieurs fois on s’aperçoit que les pratiquants poussent quand leurs adversaires tirent, jouent avec le haut et le bas, la gauche et la droite, etc.

Quand il y a compression, il y a détente,  quand il y a posture haute, il y a posture basse.

En somme, montagne ou nuage.

Yin et Yang.

Enfin le Tuishou nécessite un ancrage au sol de qualité.

Là, dans les vidéos qu’on voit souvent circuler sur le net, ça commence à dérailler.

Et ça peut même dérailler sévère …

On voit des mecs qui s’envolent comme des papillons au moindre soufflet ou qui sautent comme des grenouilles à l’approche d’un orage qui se fait attendre…

Je grossis le trait évidemment, et pourquoi ?

Parce qu’on ne dit JAMAIS que ce genre de vidéo est uniquement à vocation PÉDAGOGIQUE – si toutefois elle est qualitative évidemment…

Yang Jwing Ming, un professeur de Tai chi chuan et de Qigong sérieux

Ce qu’on voit à travers le net, les amis, ce sont très majoritairement des démonstrations techniques avec des gens consentants, avec comme protagonistes un prof et ses élèves.

Ou bien encore 2 profs qui, en caméra off, s’accordent sur des règles, du type « le respect d’abord, on se fait mutuellement des faveurs, le public regarde, attention. »

Ceci est valable pour la plupart des vidéos sur le Tuichou que vous trouverez sur YouTube par exemple.

Si ce n’est pas de la compétition ou un échange qui ressemble à du pugilat, ouvrez bien l’œil.

Désolé de vous dire que si vous pensez être efficace en situation réelle en voulant faire sauter des gens comme dans ces vidéos, vous vous plantez complètement et surtout vous courrez un grave danger.

Évitez tout de suite de vous retrouver en situation réelle car vous serez malheureusement surpris et, par votre incompréhension, nourrirez ce désagréable message qu’on entend à tort et à travers : les arts martiaux chinois, c’est du fake.

Soyez alors conscient de ceci : dans le Tuishou on peut tout à fait s’amuser, mais il faut impérativement garder à l’esprit qu’on est dans une situation martiale, chorégraphiée ou pas.

Donc il faut être rusé, il faut être malin, faire des crasses de temps à autre, ne pas suivre la bienséance, ne pas être complaisant,  tout en restant respectueux du Kungfu et de l’adversaire.

On n’arrive pas dans une situation martiale sans préparation évidente et il y a de toute façon tout un processus d’apprentissage/découverte qui peut vous en apprendre un rayon sur vous-même en plus de la réalité hors des sentiers battus.

C’est ce qu’on va voir tout de suite avec cette proposition de progression pédagogique pour l’apprentissage du Tuishou de A à Z, comme y disent tous.

(Blague marketing, je ne savais pas où la placer… C’est nul ? Ah bon …)

Exemple de progression pédagogique dans l’apprentissage du Tuishou

Avant tout je dois rappeler que la progression proposée ci-dessous ne vient pas d’une quelconque lignée ou d’un Grand Maître A ou B ou C (fusse-t-il Chinois ou pas).

Elle vient juste du bon sens qui s’aiguise années après années lorsqu’on est entouré par des gens aussi passionnés que vous.

Elle est donc passible de remises en question, d’améliorations, de changements.

Elle est critiquable bien évidemment car c’est comme cela qu’on jalonne un chemin.

1. Enracinement, ancrage au sol, Zhan Zhuang

Il n’y a pas de Tuishou sans ancrage au sol. C’est ainsi.

Le Kungfu du Tuishou naît comme ça.

Vous pouvez également pratiquer les enchaînements de Tai chi chuan, mais cela prend plus de temps car il vous faudra effectuer quotidiennement plusieurs fois de suite votre enchaînement en mode régulier et en mode miroir.

Pour vous donner un ordre d’idée, comptez 15 minutes (c’est déjà très lent) pour l’enchaînement Yang 24, que vous devrez répéter 6 ou 8 fois. Entre une heure et demie et 2 heures de travail.

Cette façon est excellente – pour ne pas dire la meilleure – pour votre Kungfu (si toutefois vous le faites correctement) mais on n’a malheureusement pas tous autant de temps dans la journée quand on a une famille et un boulot.

Si vous n’avez pas le temps, il faut impérativement passer par des séances fastidieuses d’exercices d’enracinement et de structure de type Zhan Zhuang, à raison d’au moins 30 à 45 minutes si vous êtes débutant.

Petit à petit vous aurez une meilleure connaissance de votre corps qui se renforcera de lui-même.

Le Tuishou vous donnera d’ailleurs des signes de ce renforcement corporel, et des directions à suivre selon vos défauts/qualités.

Image provenant du site https://scottjeffrey.com/zhan-zhuang/

2. Pratiquer les enchaînements du Tai chi chuan

Les enchaînements du Tai chi chuan sont d’une importance toute aussi capitale pour comprendre le Tuishou.

En effet, c’est la fluidité du mouvement qui vous apprendra à utiliser la force adverse à votre avantage.

Que les mouvements soient amples ou serrés, denses ou légers, visibles ou intérieurs, ils doivent rester présents dès lors qu’il y a contact avec l’adversaire et ce jusqu’à ce que le contact soit rompu.

La succession contact/rupture peut également être cyclique.

Si votre adversaire se décolle de vous car c’est sa stratégie pour gagner ou apprendre de vous, il faut que vous soyez prêt au prochain « assaut », c’est-à-dire reprendre l’échange par un mouvement adéquat au prochain contact.

Ainsi, sa stratégie sera annihilée par votre mouvement, vous aurez alors le dessus et le contrôle pour lui faire perdre l’équilibre.

Tous ces exemples de situations nous montrent bien que les enchaînements de Tai chi chuan (ou autres styles, je les ai pas nommés, mais le principe reste le même) nous sont d’une aide indispensable.

Un ami taoïste de mon Shifu, qu’il m’est permis d’appeler Shibo grâce à mon rang dans la fratrie martiale m’a dit un jour que « si ça ne passe pas avec le premier mouvement, ça doit passer avec le deuxième mouvement. Si ça ne passe pas avec le deuxième mouvement, ça doit passer avec le troisième mouvement. »

Puis d’ajouter « un pratiquant de Tai chi chuan face à un adversaire doit pouvoir exécuter neuf mouvements de suite sans casser sa fluidité. »

Séance de Tai chi chuan à la montagne avec le groupe Ming Yue Quan She de Shanghai

3. Se sensibiliser à soi-même

Le Tuishou est un exercice à 2 personnes.

Vous devrez d’abord trouver un camarade de pratique pour vous familiariser avec le fait que vous ne pouvez pas rester constamment tourné vers votre propre système intérieur.

Ce travail s’appelle l’écoute de la force. En chinois on dit Ting jin.

Pourtant vous serez d’abord naturellement tourné vers vous-même et la justesse de vos mouvements/postures.

  • Comment se positionner d’une manière à la fois confortable et efficace ?
  • Comment ne plus avoir de douleur aux deltoïdes et aux trapèzes quand je fais l’exercice du cercle avec partenaire ?
  • Comment utiliser cette structure de corps que je travaille depuis des mois dans mes séances de Zhan Zhuang ?
  • Comment appliquer les 10 impératifs du Tai chi chuan ( 虚领顶劲,含胸拔背,松腰,分虚实,沉肩坠肘,用意不用力,上下相随,内外相合,相连不断,动中求静 ) dans l’exercice de Tuishou ?
  • Comment utiliser Peng 掤 ?

Voilà quelques questions que vous vous poserez si vous travaillez le Tuishou sérieusement avec un ou plusieurs partenaires.

Ici, je dois ouvrir une parenthèse.

Plus vous aurez de partenaires différents, plus la compréhension de vous-même et les réponses à ces questions arriveront vite, le but étant de ne pas se familiariser avec un seul partenaire.

Fermer la parenthèse.

Quoi de plus agréable que de s’entraîner à la montagne ?

4. Se sensibiliser au partenaire

Quand vous en connaîtrez plus sur vous-même, l’étape suivante dans votre progression sera logiquement de faire davantage attention aux mouvements du partenaire.

A ce stade-là, vous aurez déjà quelques années de pratique, et certains gestes seront devenus des réflexes.

Par exemple, si l’adversaire pousse en force direct, vous aurez de suite le réflexe d’utiliser la rotation pour annuler la direction de sa force.

Cette action se passe sans réfléchir.

Si vous réfléchissez encore à ce que vous devez faire, c’est que vous en êtes encore à l’étape 3 et qu’il vous faut encore pratiquer.

Certains apprennent vite d’autres lentement. Je suis par exemple très lent dans la compréhension des choses, mais ça ne dérange pas ma progression.

Le but n’est pas de comprendre vite mais de comprendre bien pour appliquer correctement.

C’est souvent ce qui réduit les rangs des écoles d’ailleurs :

Le Kungfu ne s’obtient que de manière lente, principale raison pour laquelle il ne faut pas croire les vendeurs aux paroles fleuries.

Je m’égare …

Grâce à cette connaissance des réflexes du corps appliqués au Tuishou, vous n’aurez plus qu’à vous concentrer sur votre adversaire.

C’est la 2ème partie de l’apprentissage de l’écoute des mouvements, Ting jin.

Au début, si le partenaire effectue des mouvements grossiers, vous agirez assez rapidement et simplement.

Mais il y a des pratiquants dont les mouvements ne sont pas visibles et à peine perceptibles. Ceux-là ont généralement une grande expérience des concepts et savent parfaitement transformer ce que vous leur donnerez comme force.

Ce sont ces pratiquants-là qui vous feront le plus progresser car ils vous mettront systématiquement en stress et vous obligeront à raffiner vos réflexes.  

Petit à petit vous aurez une plus grande mobilité de corps et agirez de plus en plus en fonction de Yin et Yang.

De plus, même si vous avez un peu lâché les exercices Zhan Zhuang (parce qu’il faut le reconnaître, c’est un peu long parfois), vous continuerez à entraîner votre enracinement avec du Tuishou régulier.

Chen Ziqiang, un des pratiquants les plus représentatifs du Tuishou aujourd’hui

5. Il est temps d’aller voir ailleurs

Jusque là, vous étiez dans votre club avec votre prof et vos camarades de pratique.

Vous commencez d’ailleurs à vous habituer à vos camarades.

Vous savez que si Jean-Marc se place de cette manière, il va tenter de vous faire un Ye Ma Fen Zong, mais que comme c’est un malin, c’est peut-être aussi un piège qu’il vous tend.

Vous savez que vous pouvez jouer avec lui comme avec les autres et connaissez les particularités de chacun. Leur poids, leurs atouts, leurs faiblesses, leurs préférences, etc.

Ça ne veut pas dire que vous ne progressez plus, ça veut simplement dire que si vous continuez comme ça, vous allez vous enfermer dans les certitudes de votre groupe.

C’est la première étape pour être vaincu par la surprise lorsque vous serez en dehors de votre groupe.

Bref, il est temps pour vous d’aller découvrir le monde.

Il y a devant vous 2 solutions :

Soit vous êtes une personne téméraire et vous irez frapper en bon pratiquant consciencieux à toutes les portes des écoles de Tai chi chuan du coin.

Soit vous participerez à des compétitions.

J’entends déjà les dents des traditionalistes grincer car nous sommes aux portes des débats qui animent les pratiquants de Tai chi chuan :

« Les compétitions, c’est pô du Tai chi chuan.

Mais si.

Mais nan. »

Les gens des arts martiaux traditionnels sont des puristes.

Ils préféreraient avoir l’opportunité d’aller humblement frapper aux portes des autres écoles pour échanger gentiment que d’aller dans des compétitions qui dénaturent l’esprit originel de la noble pratique.

A mon sens, avoir un avis partagé sur telle ou telle tendance, c’est justement ce qui dénature l’art martial.

L’art martial doit être adaptable à toute situation, que ce soit un échange inter-club amical ou une compétition qui fait rage.

L’art martial ne distingue pas la noblesse du vulgaire.

L’art martial distingue le pratiquant expérimenté de celui qui ne l’est pas et l’obstacle à cette vérité n’est qu’une excuse derrière laquelle on se cache.

Si j’en parle de manière si directe, c’est parce que j’y suis sujet moi aussi de temps en temps à cette excuse de lâche.

C’est là qu’intervient le combat avec soi-même. Se faire violence pour progresser encore et toujours.

Tout est bon à prendre si ça peut aiguiser l’esprit et enrichir le pratiquant.

C’est idiot de dire le contraire …

Compétition de Tuishou à pas fixes

6. Le stade ultime et le cœur du débat

Le Tuishou est une forme de combat propre au Tai chi chuan, qui a pour objectif de se défendre et qui présente des échanges de forces.

Le stade ultime, comme pour tous les styles d’arts martiaux d’ailleurs, est de pouvoir se défendre et défendre les autres en situation réellement dangereuse.

Nous sommes arrivés ici dans la nature martiale de notre pratique et comme expliqué précédemment, il n’y a pas de pitié ni de retour possible quand on décide d’entrer dans un combat réel et soudain.

Quelle est l’aide que le Tuishou peut apporter dans un combat de rue ?

Déjà, il ne faut pas se voiler la face.

Dans la rue, à moins d’avoir des années d’expérience du terrain en situation réellement dangereuse (où vous pouvez mourir, tout simplement) il est impossible de savoir s’il y a présence d’une arme ou pas (couteau dans la poche et 2 secondes plus tard dans votre foie).

Il faut donc être très conscient que ce n’est pas parce qu’on pratique un art martial qu’on est un guerrier de rue. C’est valable pour tous les styles.

Le mieux reste encore de rester calme et de ne pas faire de zèle en trouvant rapidement une solution de fuite.

Dans le cas où il y a quand même contact, vous avez théoriquement une meilleure lecture des gestes de votre agresseur que lui n’en a des vôtres. Vous avez donc un trait d’avance sur lui qu’il faut exploiter pour vous enfuir.

Grâce à votre ancrage vous avez éventuellement plus de probabilité de rester debout aussi longtemps qu’on ne vous prend pas par surprise.

Et point barre.

C’est tout ce que le Tuishou peut vous apporter en combat de rue.  

Je ne vois pas d’autres choses à dire car en général, la plupart des gens connaissent bien l’art mais pas beaucoup le martial. Moi y compris.

Souvent lors d’une bousculade (verbale ou physique), on s’offusque et les émotions prennent le pas.

Le contrôle de la situation est perdu et c’est trop tard.

D’ailleurs vous imaginez parfaitement le genre de réaction que vous pourriez avoir face à un agresseur qui veut vous éclater la figure et qui n’a peur de rien, pas même de la loi …

Vous m’avez suivi, pas besoin d’en dire plus.

Alors comment tester dans une situation dangereuse le Kungfu qu’on a mis tant de temps à peaufiner ?

La réponse se trouve dans les nombreuses vidéos récentes de ces tristes maîtres qui acceptent de monter sur un ring ou un leitai, et qui durent moins de 20 secondes avant de tomber lamentablement face contre sol après le violent high kick d’un jeune adversaire ultra athlétique…

Triste mais monnaie courante ces derniers mois …

Voici LA vidéo avec laquelle toute cette remise en question a commencé

La seule façon aujourd’hui de tester son Kungfu dangereusement sans risque de mort (et encore) est de se confronter à des combattants d’autres disciplines avec ou sans protection.

Mais comme ça n’arrive qu’à une minorité dans le milieu du Tai chi chuan, la question reste tout de même intacte :

Le Tuishou est-il un bon moyen de défense face à quelqu’un de déterminé ?

En l’état actuel des choses, hélas, la réponse est non.

De nos jours, on organise des échanges entre combattants très jeunes, très athlétiques et très entraînés face à des gens qui portent le sobriquet de Grand Maître…

On nage dans le ridicule, la bêtise et le discrédit. Pourquoi ?

Parce qu’on s’efforce de démontrer que les arts martiaux traditionnels sont inefficaces et plein de charlatans, les médias ayant plus d’argent à se faire avec les audiences de boxe anglaise ou de MMA.

La société adore tout aussi voir les boucs émissaires se faire déglinguer.

Audience, audience, audience.  

Mais il reste un espoir parce qu’il y a une volonté de bien faire, par respect pour la pratique, venant de plus en plus des jeunes pratiquants de Tai chi chuan.

Nous sommes tous pratiquants d’arts martiaux traditionnels. Notre devoir aujourd’hui est de dénoncer cette mascarade en nous annonçant comme pratiquants amateurs d’arts martiaux traditionnels.

Il s’agirait également de proposer de vrais combats entre candidats amateurs de même poids, de même âge et de même niveau suivant des règles bien réfléchies. 

Le débat qui fait rage sur les réseaux est tout à fait légitime finalement parce que c’est juste très pénible de voir discréditer sa pratique par des gens qui n’y connaissent rien et qui n’aident pas du tout à faire de la bonne et honnête promotion.

Ce que nous devons faire en tant que pratiquant amateur, c’est déjà d’être conscient de nos capacités, sans fausse modestie ou égocentrisme accentué.

Ensuite, rester aussi bon sceptique face à ce qu’on nous présente, que ce soit sur les réseaux ou dans la réalité.

Il faut absolument distinguer l’affrontement réel de la démonstration pédagogique sans se faire avoir par les envols de disciples, qui finalement sont contre productifs puisque ça discrédite la pratique et fait la part belle aux médias avides de parts d’audience.

Pratiquez le Tuishou autant que vous le pouvez

Bien que le Tuishou soit un excellent exercice pour s’approprier les concepts martiaux du Tai chi chuan, sa promotion ne peut pas dépasser sa propre sphère d’action pour l’instant.

Si vous êtes pratiquant de Tuishou et que vous voulez aller le plus loin possible dans votre pratique, vous vous arrêterez sans doute aux compétitions de Tuishou et n’irez pas au-delà, sous peine de risquer la réputation déjà bien entachée de la pratique en plus de votre santé.

Le cinéma n’aide pas spécialement non plus quand il s’agit d’être réaliste quant à ses propres capacités. Il a modifié considérablement l’inconscient collectif qui voit systématiquement en les arts martiaux un truc mystérieux et ultra puissant.

La déception est de taille quand on voit certaines vidéos de ce début de 21ème siècle.

Tant de bâtons dans les roues ne doivent pas vous faire oublier la chose la plus importante : on fait du Tuishou parce que c’est d’abord un plaisir partagé avec un adversaire en plus d’être une formidable mise à l’épreuve pour le corps.

Faites du Tuishou autant que possible, affinez vos connaissances au maximum sans vous voiler la face et envoyez balader les mauvaises langues avec de la bonne promotion, réaliste et honnête.

Dans notre passion, la vérité passe d’abord par les mains et non par les yeux ou la bouche.

Merci d’avoir lu jusqu’à la fin,

Respect et salutations.

Respect, combat, progrès

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5 postures d'enracinement martial


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