Nomenclature traditionnelle du taijiquan Wu Hao

par Yohan Radomski

 

Pendant l’hiver 2017, j’ai entrepris de traduire en français la nomenclature des 96 mouvements de l’enchaînement du taijiquan Wu Hao. J’ai été aidé par Mathieu Ayrault, pratiquant de taijiquan vivant depuis de nombreuses années en Chine et dont le niveau de chinois est meilleur que le mien. Et nous avons eu plusieurs conversations avec Hao Yinru pour comprendre le sens originel du nom des mouvements.

Vous trouverez le PDF de la nomenclature traditionnelle du taijiquan de style Wu Hao à consulter et télécharger gratuitement ici :

Nomenclature traditionnelle du taijiquan Wu Hao

Cette traduction a été motivée par les raisons suivantes :

1. Être au plus près du sens originel des noms des mouvements. Pour cela revenir à l’origine, c’est-à-dire aux caractères traditionnels chinois.

On trouve en effet en français des traductions des noms erronés souvent retraduites de l’anglais par méconnaissance du chinois. Ou bien, autre cas typique, on colle des noms issus de la nomenclature du taijiquan de style Yang sur les mouvements du taijiquan de style Wu Hao, au mépris encore une fois du nom originel en chinois.

Exemple de traduction erronée : 白鵝亮翅 Bai E Liang Chi “La grue blanche déploie ses ailes

Ici, on colle le nom d’un mouvement issu du style Yang sur un mouvement du style Wu Hao. Or le chinois E désigne une oie, et non un échassier du type grue ou héron (ce serait 鹤 He en chinois). Une ressemblance de mouvements entre les taijiquan Yang et Hao ne signifie pas que l’intention donnée à ces mouvements soit la même. Si on a choisi dans la tradition du taijiquan Wu Hao de faire référence à une oie et non à une grue, ce n’est pas un hasard. Là où le mouvement de la grue tend à l’arabesque, au flottement, celui de l’oie est plus ramassé, plus fort. Il s’agit d’une indication précieuse sur l’intention que le pratiquant doit mettre dans son mouvement. On trouve cette traduction erronée par exemple chez Sagot en 2018 dans son livre “La Voie du style Wu”, de façon assez inexplicable puisqu’il publie le caractère chinois 鵝 en regard de sa traduction et s’appuie sur une traduction en anglais de Brennan qui lui traduit bien 鵝 E par “goose”. La traduction que nous avons choisie, respectueuse du chinois, est donc “L’oie blanche ouvre ses ailes”.

 

2. Comprendre le nom des mouvements dans le contexte de la pratique. Pour cela, nous avons échangé et pratiqué avec l’enseignant Hao Yinru pour comprendre au mieux pourquoi les mouvements avaient été désignés ainsi.

Il s’agit d’approcher le contexte socio-culturel dans lequel ont été créés les noms des mouvements, soit une ville du Hebei vers 1830 fortement marquée par la vie campagnarde, un milieu de lettrés, la famille Wu, ayant des influences confucianistes. 

Exemple de traduction erronée : 三甬背 San Yong Bei “Les trois mouvements dans le dos”

On trouve cette traduction erronée chez Sagot en 2018, qui s’appuie sur la traduction erronée de Brennan en 2013 “Three through the back”.“三 San” signifie “trois”.“甬 Yong“signifie “couloir, passage”. “ 背 Bei“signifie “dos” ou “porter sur le dos”.Mais ici on ne parle pas du dos du pratiquant ni de mystérieux mouvements qui traverseraient son dos… Pour comprendre le sens du nom de ce mouvement, il faut se tourner vers la tradition vivante du taijiquan en liaison avec la pratique et le contexte socio-culturel. “甬背 Yong Bei” désigne le “dos du passage”, c’est-à-dire le dos du chemin, la bosse qui se trouve au milieu du chemin alors que les deux bords du chemin sont en creux. Marcher au milieu du chemin, c’est se diriger résolument vers son but. Le choix a donc été fait de traduire “Faire trois pas sur le chemin”, ce qui reflète au mieux le sens originel chinois et colle au mouvement. 

 

3. Proposer aux pratiquants francophones une nomenclature vraiment utilisable dans le contexte de la pratique. Pour cela, nous avons choisi de trouver des noms français qui sonnent bien et qui incluent toujours un verbe.

Là où le chinois est très synthétique, le français a tendance à s’étaler en longueur.Nous avons donc choisi le nom le plus court possible au plus près du sens originel.

Nous avons choisi d’inclure toujours un verbe dans chaque nom de mouvement afin de guider les pratiquants dans le sens d’une action. Alors qu’on parle souvent en français de “postures” dans un enchaînement de taijiquan, nous préférons parler de “mouvements”. Le mot “posture” induit dans l’esprit du pratiquant un concept d’immobilité. C’est une attitude du corps. On peut par exemple être en posture couchée, assise ou debout. Dans un sens figuré, il induit un concept d’artificialité. On peut prendre par exemple une posture de défenseur des droits des femmes et être dans le contexte de la pratique un macho… Là où certains cherchent à prendre des postures, nous cherchons quant à nous à être animés par un mouvement, c’est très différent. Ceux qui prennent des postures cherchent souvent à occuper des postes officiels, cela ravit sans doute leur ego en soif de reconnaissance. Ceux-là n’hésitent pas à sacrifier au passage leur honnêteté, finissant bien souvent par être des imposteurs.

Exemple de traduction erronée : 單鞭 Dan Bian « Simple fouet”

Le caractère chinois 鞭 Bian peut désigner un verbe ou un nom.On trouve parfois en français la traduction “fouet”. La traduction en “fouet” désigne donc un objet alors qu’il s’agit bien d’une action dans le contexte de la pratique. On pourrait traduire par le nom “fouetté” ou bien « faire un fouetté”, “fouetter”, “donner du fouet”, “donner un coup de fouet”…

Le caractère 單 Dan peut désigner un nom (un) un adjectif (unique, seul, simple), un adverbe (uniquement, seulement, simplement). Au passage, la traduction “simple fouet” est un anglicisme stupide, car l’adjectif “simple” se place en français après le nom et non avant. Ici l’idée n’est pas qu’on aurait affaire à un “fouet simple”, un objet qui serait simple à l’opposé d’un objet compliqué. Il s’agit d’une action, on fouette simplement, directement, sans arabesque, et on fouette une seule fois, la morsure du fouet pénétrant en profondeur. Ici, dans le mouvement, la main avant va frapper directement et simplement et le coup va porter en profondeur. Si on choisit de traduire “fouetter”, on aurait une idée de répétition, ce qui serait faux. Le choix a donc été fait de traduire par “Donner un coup de fouet” ce qui reflète au mieux le sens originel chinois et donne au pratiquant une indication sur l’intention à mettre dans le mouvement.

Merci à Yohan Radomski, pratiquant de Tai Ji Quan du style Wu Hao, du blog http://taijiquanwuhao.tumblr.com/

Merci à Hao Yinru, maître du Taijiquan Wu Hao à Shanghai pour sa patience et ses explications, durant ces quelques soirs de l’hiver 2017.

A suivre …

 

 

Tai Ji Quan : Nomenclature traditionnelle du taijiquan Wu Hao (par Yohan Radomski)

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