N’avez-vous jamais vu de films ou de documentaires qui montrent les anciennes traditions guerrières  ? En Europe il s’agissait par exemple de l’adoubement d’un aspirant guerrier pour le faire chevalier au Moyen-âge, lequel s’intégrait alors dans un système féodal-vassalique. Avec le temps, la cérémonie de l’adoubement s’est couverte petit à petit d’un sens religieux mais qui fut davantage réservé à l’aristocratie. Pourtant, l’origine d’une telle cérémonie était de « couronner la fin d’une formation et l’entrée dans un groupe de guerriers » (réf. Wikipédia). Tous les pays du monde ont des histoires de ce genre et je parlerai ici de la fratrie martiale à la chinoise.

Séance de préparation avant la cérémonie officielle
 A la recherche de son maître

Le pratiquant passionné d’arts martiaux ne peut approfondir son entraînement s’il n’a pas de maître. Il est alors conseillé de suivre avec fidélité un professeur qui acceptera, au regard de votre investissement personnel, de devenir officiellement votre maître et pourra ainsi vous dévoiler tous ses secrets sans crainte de se faire trahir. Dans les temps anciens, avant d’obtenir l’honneur suprême d’être accepté par le maître d’une fratrie martiale, vous deviez avoir des nerfs d’acier et une patience à toute épreuve ne serait-ce que pour qu’on vous adresse la parole après des jours d’attente à l’entrée d’une école dont les portes vous restaient éternellement fermées.

Un très bon passage sur le sujet vous est présenté dans le livre de Roland Haberstzer « Kung Fu, 3000 ans d’histoire des arts martiaux chinois » (Cliquez sur ce lien pour ouvrir la page Amazon de ce livre).

Heureusement, même si les experts Chinois en arts martiaux tiennent encore de nos jours leurs secrets bien gardés, il paraît moins impossible d’être accepté par un maître ; le temps n’est plus à la guerre mais à la transmission de la culture. On accepte aussi plus facilement les élèves étrangers, à partir du moment où les liens sont étroits et fiables. Bruce Lee, à son époque, avait du faire face à l’interdiction traditionnelle d’enseigner les arts martiaux chinois à des non-chinois et je pense sincèrement que c’est en partie grâce à lui que les générations suivantes de maîtres se sont un peu plus ouvertes à l’occident.

Entraînement sous la pagode du temple bouddhiste Futuosi, près de Hangzhou
Le destin met les personnes qui doivent se rencontrer sur le même chemin

J’ai rencontré Jiao Yu en 2011. Cela faisait déjà un an que je pratiquais le Jeet Kun Do dans un wuguan (武馆 sorte de dojo chinois) de Shanghai mais il me manquait quelque chose, l’enseignement que je recevais n’était pour moi pas assez profond et c’est la raison pour laquelle je me suis orienté vers des cours de Taichi, discipline interne, dans ce même wuguan. Mon enseignant de l’époque est d’ailleurs resté mon ami et nous continuons souvent à débattre sur les actualités concernant les arts du combat chinois. Dès mon premier cours avec Jiao Yu, qui était le professeur de Taichi, j’ai accroché à cette discipline. Les mouvements me parurent aussi complexes que tranquilles dans un premier temps et le côté « géométrie variable dans l’espace » du Taichi m’a tout de suite plu. Par contre, Jiao Yu insistait sur une pratique quotidienne et rigoureuse, parfois pénible à cause des postures à tenir plus de 15 minutes, très décourageant pour un débutant (je rentrerai dans les détails dans un autre article). D’ailleurs, cette prédagogie a rebuté plusieurs élèves qui se sont plaints à la réception du wuguan. Ils jugeaient la pratique inintéressante et trop fatigante et ne voyaient parfois pas le rapport avec les images du Taichi qu’ils avaient dans la tête. Ce n’est pas rare de voir des gens qui confondent sophrologie et Taichi … Bref, suite à plusieurs plaintes, mon maître avait décidé de quitter ce wuguan pour éviter de tomber dans le piège de l’art martial touristique à vocation commerciale. Je l’ai suivi, j’ai aussi arrêté mon abonnement au wuguan car j’apprenais davantage avec lui en 2 semaines qu’avec d’autres entraîneurs en 1 mois.

Petit à petit, avec mes amis chinois l’ayant suivi, nous avons commencé à former une petite communauté, allant de parcs en parcs à la recherche d’expériences dans notre domaine. Jusqu’à un jour au début 2016, nous avons officialisé notre dévotion envers notre maître. Nous étions arrivés à un point où si nous voulions en apprendre davantage avec Jiao Yu, nous devions devenir ses disciples. On lui a soumis l’idée et il a accepté, après un certain temps de réflexion tout de même car ceci n’était sûrement pas à prendre à la légère. Lorsque vous vous engagez sur cette voie, il faut savoir que vous allez suivre un code d’honneur propre aux arts de la guerre, que vous soyez maître ou disciple. Nous nous connaissions alors depuis 5 ans, comme quoi, il faut attendre et prouver son engagement.

Maître Jiao Yu
明岳拳社

Depuis, mon « Shifu », mes 7 « frères » et moi n’avons plus aucun secret les uns pour les autres. Nous avons formé une véritable fratrie où respect et honneur se mélangent et nous nous réunissons très souvent autour d’une table pour discuter de l’avenir de Ming Yue Martial Arts Society, notre petite organisation de valorisation des arts martiaux chinois. D’ailleurs il ne se passe pas une semaine sans que l’on ne se voit et nos entrevues peuvent non seulement recouvrir l’objet principal de notre association, mais aussi tout un tas de domaines de la vie quotidienne. Aujourd’hui je suis à la fois très content et très reconnaissant envers Jiao Yu Shifu et mes amis chinois de m’avoir accueilli au sein de leur culture ancestrale.

Le maître et ses disciples, un groupe vivant !
La fratrie martiale chinoise

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