La posture de l’arbre, ou « hun yuan zhuang » (混元桩)connue également sous le nom « zhan zhuang » (站桩)qui signifie littéralement se tenir droit comme un piquet, est incontournable pour toute personne étudiant les arts martiaux chinois. La première expression « hun yuan zhuang » signifie « la posture du retour à l’état originel ». Nous allons voir pourquoi ensuite.

Wang Xiang Zhai, le dépoussièreur

 

Wang Xiang Zhai (王芗斋 1885 – 1963)est probablement la personne qui a remis au goût du jour cette pratique presque oubliée qu’est la posture de l’arbre. Ce grand homme du monde des arts martiaux chinois fut l’élève de Guo Yun Shen (郭云深 1829 – 1900)éminent maître de Xing Yi Quan (形意拳). C’est très probablement la raison pour laquelle on dit que l’art conçu par Wang Xiang Zhai, le Da Cheng Quan (大成拳)- poing de la grande réalisation – est en grande partie issu des principes martiaux du Xing Yi Quan.

 

 

Toutes les pratiques martiales chinoises évoquent des postures d’enracinement, pour que lors d’un combat le guerrier puisse rester debout en toutes circonstances. Quand on parle de zhan zhuang en Chine on dit souvent « 风吹大树百枝摇 (feng chui da shu bai zhi yao) – Lorsque le vent souffle, les cent branches de l’arbre dansent« . On pourrait comprendre cette expression comme : Un arbre bien enraciné est indétrônable, seules ses branches volent au vent. Démystifions la poésie : les racines représentent les jambes, le tronc de l’arbre est semblable à la colonne vertébrale qui part du coccyx ( wei lü – 尾闾 ) jusqu’au points yu zheng – 玉枕 à la base du crâne et continuant jusqu’au sommet du crâne ( bai hui – 百会 ), les branches illustrent les épaules et les bras évidemment et peuvent aussi suggérer les organes internes qui doivent rester détendus.

 

 

Un artiste martial tel que Wang Xiang Zhai ne pouvait pas laisser de côté ce riche savoir indispensable à l’entraînement aux arts internes. On lui attribue d’ailleurs la réhabilitation de la posture de l’arbre auprès du grand public. Sur les principes de cette posture, il développa durant sa vie les « zhan zhuang » nécessaires à l’entraînement de son art, le Da Cheng Quan. Ainsi les pratiquants de la discipline de Wang peuvent désormais apprendre les postures « de la lance et du bouclier », « porter le bébé », « séparer les nuages » et bien d’autres.

 

 

 

Hun yuan zhuang (posture de l’arbre) : principes

A première vue, la posture de l’arbre, ou hun yuan zhuang, peut paraître simple à mettre en place. On voit souvent les pratiquants se tenir droits comme un i la paume des mains regardant la poitrine. En réalité, au regard des nombreuses notions que contient cette position, la posture de l’arbre est la plus difficile des postures car c’est dans celle-ci que l’on retrouve presque tous les principes des arts martiaux internes. De plus, si de mauvaises habitudes sont prises dès le début, l’élève ne tirera aucun bénéfice de sa pratique. Il faudra alors une persévérance sans faille pour la personne débutante voulant assimiler cette position.

 

 

  • la première année : aspect mécanique de la pratique

C’est pendant la première année de pratique (cette durée n’est pas fixe et dépend avant tout de l’investissement personnel de l’apprenant) que l’on découvre son corps de manière presque externe et géométrique : pieds parallèles écartés de la largeur des épaules, genoux fléchis et très légèrement rentrés, la rotule ne dépassant pas la pointe des pieds, rétroversion du bassin, pousser vers l’extérieur le point ming men ( 命门 ) correspondant aux reins, laisser tomber les épaules et les coudes, les paumes des mains face à soi au niveau du plexus écartées de la largeur des genoux, plexus descendu, menton rentré, respiration ventrale dite « shun fu » ( 顺服 ) – inspirer gonfler l’abdomen, aplatir l’abdomen à l’expiration. Bref, beaucoup de notions que je nommerais « mécaniques ». L’apprenant devra maîtriser toutes ces notions et ne faire qu’un avec elles afin de passer à l’étape suivante. Certains assidus ne mettent que 6 mois pour assimiler tout ceci, d’autres plusieurs années. Rappel : le passage à l’étape suivante ne se fait pas brusquement, il s’agit d’une marche très progressive.

 

 

  • la deuxième année : Dan tian

Comme mentionné précédemment, il ne s’agit pas exactement d’une durée d’entraînement fixe. Cela dépend encore de la progression et de la motivation de l’étudiant. Néanmoins, il est question d’un thème incontournable décrit dans presque tous les arts asiatiques : le Dan Tian. Selon les traditions, c’est un point situé à environ 2 largeurs de pouce sous le nombril et légèrement à l’intérieur du corps. Il correspond à l’emplacement du point d’acupuncture qihai ( 气海 ). Selon ma propre expérience, Dan tian ( 丹田 ) – le champ de cinabre ou le champ de l’élixir – n’est pas un point mais plutôt une sphère de force plus ou moins volumineuse selon l’expérience et que l’on active à volonté selon le concept du yin et du yang représenté dans la dualité dense/relâché – gang rou ( 刚柔 ). Ceci est ma propre compréhension de Dan tian cependant, seul l’échange entre le maître et son élève et le retour d’expériences entre plusieurs pratiquants peut avoir un poids certains dans le degré de compréhension. A ce titre, je vous invite, amis lecteurs, à noter vos retour d’expériences, vos ressentis ainsi que les choses dont vous avez entendu parler à ce sujet dans les commentaires afin de favoriser la compréhension de ce thème incontournable des arts chinois.

Pourquoi les pratiquants se bornent-ils à chercher et comprendre ce qu’est Dan Tian ?

La réponse est en chacun de nous et je vous invite à partager votre compréhension une nouvelle fois. Pour moi, Dan Tian est un moteur. Comme une voiture qui possède généralement un 4 ou 6 cylindres sous le capot pour générer la force de faire tourner les roues et avancer le véhicule, nous avons tous un Dan Tian sous le nombril pour générer la force de pousser et tirer le sang et l’énergie dans le corps. C’est pourquoi, selon ma compréhension encore une fois, Dan Tian est le moteur qui fait bouger le sang et le Qi ( 气血 ) et dont la clé de contact est le cerveau.

 

 

  • la troisième année et après : la circulation et les ouvertures

Plus tard, lorsque le pratiquant atteint ce niveau de compréhension, il se peut alors que son professeur l’instruise à la petite circulation – xiao zhou tian ( 小周天 ) puis à la grande circulation – da zhou tian ( 大周天 ). On entre ainsi peu à peu dans le fabuleux monde de l’acuponcture avec ses vaisseaux, ses méridiens et tout le réseau énergétique du corps. A ce niveau, le pratiquant avisé connaît son corps de mieux en mieux et peut commencer à identifier les blocages au niveau des articulations. C’est ici que l’on parle plus librement du phénomène d’ouverture « kai » ( 开 ) qui est suivi peut après par son principe opposé de réunion « he » ( 合 ). Le concept voudrait « désolidariser » les os liés par des articulations puis les « relier » à nouveau, un peu à la manière d’un mécanicien démontant chaque pièce d’une vieille voiture pour les nettoyer puis les remonter proprement. Ceci reste un concept qui peut bien évidemment être compris de manières diverses par chacun d’entre nous.

A partir de ce moment-là, l’entraînement au Qigong – travail de l’énergie ( 气功 ) – fait partie intégrante de la vie du pratiquant qui progressera lentement mais sûrement, car le chemin de la découverte de soi est infini.

 

 

Quelle durée est la plus adaptée à la posture de l’arbre ?

Le débutant devra tenir entre 10 et 15 minutes chaque jour, puis augmenter peu à peu le temps d’entraînement selon l’avis de son professeur. Il existe ainsi plusieurs paliers de temps :

  • 10 à 15 minutes : pour les débutants. Cette durée permet de sentir que certaines parties de son corps ont été bloquées à cause de l’hygiène de vie ou de l’âge. Les premiers mois d’entraînement peuvent être douloureux, c’est normal car le corps se réveille. Parlez-en tout de même à votre professeur.

 

  • 20 minutes : toujours pour les débutants. Après 15 minutes on peut ressentir des tremblements, surtout dans les jambes. Tenir 20 minutes est avant tout un palier psychologique car si vous pouvez rester debout 15 minutes, 5 minutes de plus ne vous feront pas de mal. Le « palier 20 » permet en fait d’endurcir son mental et sa patience.

 

  • 30 minutes : pour le pratiquant ayant fait face au réveil du corps. Tenir 30 minutes la posture hun yuan zhuang est une très bonne durée pour ressentir les effets bénéfiques de cette pratique. Chacun pourra ainsi commencer à faire sa propre introspection méditative. Les sensations ressenties seront nombreuses. Parlez-en à d’autres pratiquants, échangez les expériences mais durant l’entraînement, ne cherchez pas toujours à ressentir des choses. Elles vont et elles viennent naturellement.

 

  • 40 minutes : exactement la même raison que pour le palier 20. Cette durée est psychologique et renforce surtout le mental en plus des effets bénéfiques de la pratique bien entendu.

 

  • 45 minutes : le deuxième palier psychologique pour les pratiquants chevronnés. C’est aussi la durée optimale pour progresser dans la pratique. En 45 minutes, on a le temps de méditer sans pensée, de faire le vide, de se corriger, de guider la « force interne dissimulée » (qu’on appelle Qi), de découvrir et reconnaître de plus en plus les parties internes du corps, de nourrir ce corps et le désintoxiquer (ce qui s’appelle yang sheng 养生 en chinois), etc.

 

  • 50 minutes : le troisième palier psychologique entraînant de manière très significative le mental, la volonté et la patience ; en plus des effets bénéfiques physiques cités ci-dessus.

 

  • 60 minutes : une heure. Réservé à celles ou ceux qui considèrent cette pratique comme un mode de vie. Le corps humain devient alors un outil de compréhension de la vie pour celui ou celle qui se tient debout en conscience pendant une heure chaque jour. D’ailleurs les mots seuls ne permettent plus aussi souvent de décrire les sensations ressenties. C’est bel et bien devenu un mode de vie. Ce n’est pas non plus donné à tout le monde car 1 heure de hun yuan zhuang (posture de l’arbre) par jour demande beaucoup de sacrifices et ne correspond pas toujours avec notre mode de vie moderne.

 

  • 1 heure et plus : personnellement je ne recommande pas de tenir plus d’une heure pour 2 raisons très simples. La première est que s’investir 1 heure par jour dans cette pratique est largement suffisant pour tout le monde. Si c’est correctement suivi, on peut en tirer un maximum de bienfaits. Par ailleurs il vaut mieux 1 heure chaque jour que 3 heures tous les 3 jours. En outre, ce n’est pas forcément donné à tout le monde de se libérer 1 heure dans son emploi du temps quotidiennement. La deuxième raison est que même une posture parfaite peut user prématurément le corps, notamment les articulations qui sont les parties les plus mises à contribution par cette pratique. On obtiendrait alors les effets inverses de ce que l’on attend. Réveiller le corps ne veut pas dire le casser à cause d’une obsession.

 

 

Les effets bénéfiques de la posture de l’arbre

Tous les types de zhan zhuang (il en existe des dizaines voire plus) partagent un même principe : se tenir dans une posture particulière favorisant la méditation et l’introspection. On pourrait même aller jusqu’à dire que la position assise du lotus dans la méditation traditionnelle connue en Occident est une forme de zhan zhuang. Dans les arts martiaux, on utilise les zhan zhuang de manière à développer son enracinement. Cela peut nous mener, dans les hauts niveaux, à la fameuse « chemise de fer » – tie bu shan (铁布衫) – ou la « couverture de la cloche dorée » – jin zhong zhao (金钟罩) qui protègent les organes de la violence des coups reçus lors d’un combat. Le plus haut degrés de pratique amène même jusqu’au ralentissement du vieillissement du corps grâce à la méthode du très légendaire moine bouddhiste indien Damo (达摩) connue sous le nom de yi jin jing – classique de la transformation des tendons (易筋经) et xi sui jing – classique du nettoyage de la moelle (洗髓经). Mais cette pratique est littéralement réservée aux religieux et aux ascètes.

 

 

Tout le monde rêve de vivre vieux et en bonne santé. En 2017, il est possible grâce à la médecine moderne d’atteindre cet objectif si on fait un peu attention à son mode de vie et son hygiène. Bien sûr, il y a toujours le facteur malchance ou génétique qui peut être à l’origine d’un cancer du poumon même si on n’a jamais fumé et qu’on habite dans un environnement sain. Il est des choses que l’on explique pas toujours. Il en est de même pour les bienfaits du tai chi et du qi gong dans notre vie actuelle. On sait que ces pratiques sont saines si elles sont bien encadrées mais on a du mal à savoir pourquoi scientifiquement, selon les standards occidentaux. L’esprit rationnel du scientisme nous empêche de voir certains problèmes sous un autre angle, tel que pourraient le faire les chinois avec leur médecine traditionnelle. Celle-ci peut expliquer parfaitement ce qu’est le Qi par exemple, la manière dont il circule dans le microcosme du corps humain comme dans le macrocosme de l’environnement, grâce à des concepts qui nous dépassent bien souvent. On solutionnera en Asie certains problèmes grâce à la compréhension des 5 éléments que sont le métal, l’eau, le bois, le feu et la terre ou encore les concepts « Yin et Yang », « prendre le vent », « humidité interne » etc.

 

 

Davantage proche de nous et de nos concepts occidentaux, en quoi la posture de l’arbre est-elle bénéfique ?

Le premier point évident est la santé du dos. En effet, l’essence même de cette pratique s’oriente vers la colonne vertébrale qu’il faut étirer, qu’il faut « ouvrir ». A force d’entraînement, il est possible de redresser des dos bossus et scoliosés, de soigner des lumbagos, de « décambrer » des reins trop stressés. C’est le principe du forgeron qui redresse une épée et l’affute après utilisation abusive. La colonne vertébrale est faite de cellules, de parties dures et de parties molles sur lesquelles la posture de l’arbre va agir sur le long terme. On peut donc dire que la posture de l’arbre aide à se tenir droit naturellement.

 

 

Le deuxième point à mentionner est le relâchement des organes internes. Alors que le squelette est mis à contribution dans cette pratique, on apprendra en même temps à relâcher les muscles puis les organes internes qui de ce fait recevront une meilleure oxygénation, nécessaire à leur bon fonctionnement. Si vous savez utiliser les bons leviers pour vous décontracter, il vous faudra moins d’un mois pour sentir votre corps se délester des tensions qui vous ennuyaient. Votre transit intestinal sera amélioré, l’oxygénation des cellules aussi, votre cœur pourra aussi retrouver le rythme qui lui correspond le mieux, votre sommeil sera aussi plus réparateur donc votre concentration et votre mémoire optimisées. Il n’existe que des bienfaits à cette pratique.

Le troisième point est bien sûr la force de vos jambes et de votre bassin (que l’on appelle assiette inférieure en chinois – xia pan 下盘). Cela tombe sous le sens vu que la posture de l’arbre vise à l’enracinement. On pourrait comprendre en Occident que c’est un renforcement des jambes, muscles, tendons et os ajouté à cela une meilleure circulation sanguine.

 

 

En revanche, si vous utilisez la posture de l’arbre pour maigrir ou vous bodybuilder, vous serez deçu(e). Le Qi gong ne sert pas à maigrir ni à prendre du volume. Physiologiquement, cette pratique sert à retrouver les proportions optimales corporelles que la Nature vous a données. Ainsi, que vous soyez ectomorphe, mésomorphe ou endomorphe, vous retrouverez votre corpulence mais optimisée, c’est une autre raison pour laquelle cette pratique est excellente pour la santé. Le seul terme chinois hun yuan zhuang (混元桩) désigne en fait « la posture de retour à l’origine« . Tout est dans le nom. Si vous voulez maigrir ou prendre de la masse, le bon conseil est d’aller dans un premier temps voir les nutritionnistes ou les diététiciens, puis éventuellement de prendre un coach dans un gym.

 

 

 

Pour tous ceux qui veulent s’investir dans les arts martiaux ou les disciplines de bien-être à l’asiatique, la posture de l’arbre est incontournable. D’extérieur simple, elle est intérieurement extrêmement riche en connaissances du corps et de soi. La preuve en est que la posture hun yuan zhuang est de plus en plus plébiscitée par le monde entier. Selon moi, c’est un autre trésor inestimable que l’humanité a créé puis développé dans son histoire jusqu’à aujourd’hui. Bien qu’il faille un encadrement stricte pour la pratiquer, la posture de l’arbre est à recommander vivement.

 

 

 

 

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Comment se tenir droit grâce à la posture de l’arbre ?

4 avis sur « Comment se tenir droit grâce à la posture de l’arbre ? »

  • 14 août 2017 à 9 h 00 min
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    Très bon article comme souvent.
    Je joins un lien vers un article portant sur le sujet, écrit par celui qui est mon professeur (il a toujours refusé de se faire maître) depuis 34 ans et qui est un élève en ligne direct de Wang Xiangzhai.
    http://tao-yin.fr/la-posture-de-l-arbre/

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    • 14 août 2017 à 12 h 25 min
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      Merci Vincent !

      Ton prof est Georges Charles ??? J’ai un ami à Shanghai qui est l’élève de Qigong d’un élève de Georges Charles mais dont j’ai oublié le nom. Il habite à Bordeaux je crois. En effet Georges Charles est une pointure en France, rien de que regarder ses interviews je suis admiratif devant ce niveau de connaissance et de compréhension ! Un vrai maître.

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      • 21 août 2017 à 23 h 48 min
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        Oui, et la profondeur de son enseignement ne cesse de m’éblouir.
        Si vous habitez en France, ou en Italie, il y donne encore de nombreux stages, ouverts à tous. Si vous êtes intéressé, je ne saurai trop vous conseiller de profiter de son enseignement direct tant que c’est encore possible. Suivez le lien, et explorez son site. Vous en aurez pour un moment. Bonne lecture, et peut-être à un de ces jours…

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