Lorsque vous commencez les arts martiaux, c’est génial. Vous voyez les amis s’entraîner et préparer leur tao avec beaucoup de sérieux tout en vous disant que vous aimeriez bien en connaître au moins la moitié. Ensuite vient votre tour, vous apprenez la première forme du tao en 24 formes du Tai Chi Chuan style Yang, puis la 2ème forme, puis la 3ème et ce jusqu’à connaître le tao en entier. Puis on vous enseigne un deuxième tao, un troisième et ainsi de suite.

Et puis parfois votre motivation décline, vous poussez un : « bon, on y va » suivi d’un soupir qui disparaît rapidement quand vous vous dites que de toute façon, ces enchaînements sont bons pour la santé. Aïe …

 

Auriez-vous perdu votre motivation ?

 

Vous semblez englué(e) dans une routine qui vous rend impatient, jusqu’à même penser de temps à autres à changer de discipline. Ne rentrez pas dans le cercle infernal qu’est le tourisme martial ! Vous êtes aux portes de la démotivation.

Heureusement, j’ai une solution pour rebooster votre engagement vis-à-vis de votre discipline. Cela s’appelle « les enchaînements libres ». C’est un exercice pratiqué par de nombreux artistes martiaux en Chine – et ailleurs d’ailleurs – et si vous en êtes arrivé(e) à douter de votre implication dans vos activités martiales, la suite de cet article est pour vous.

 

La première chose à vérifier

Bon, d’accord, votre pratique vous fait du bien. Et c’est d’ailleurs probablement votre principal objectif, ce qui est parfaitement respectable. Mais que diriez-vous de déterminer précisément l’état de votre maîtrise du sujet ?

Votre analyse personnelle faite par vous-même

Pour vous aider à déterminer avec davantage de précision le degré de maîtrise que vous avez acquis dans votre discipline, il faut que vous trouviez une réponse honnête (ni modeste ni présomptueuse) aux questions qui suivent :

Enracinement :

Mon enracinement dans le sol est-il stable à tout moment, peu importe les variations de rythme, de vitesse, de hauteur et de puissance ?

Réflexes :

Dois-je encore réfléchir aux techniques et aux enchaînements que j’ai appris avant de les exécuter ?

Rythme :

Ma conception de la décélération et de l’accélération dans l’exécution de mes techniques est-elle la même que les personnes qui me regardent exécuter ces mêmes techniques ?

Vitesse :

M’a-t-on déjà dit que j’étais très rapide ou très lent dans l’exécution de mes techniques ?

Puissance :

La puissance que je ressens dans mon corps lors de l’exécution de mes techniques peut-elle blesser quelqu’un qui est préparé au combat ? Comment vérifier cette hypothèse ?

Souffle :

Pendant combien de temps est-ce que je peux m’exercer d’un seul trait avant de ressentir les effets de l’essoufflement ?

 

Pourquoi vous faut-il absolument répondre à toutes ces questions ?

Analyser sa propre situation à tête reposée et dans le calme est un exercice courant pour les artistes martiaux. Cela va vous permettre tout simplement de vous situer par rapport à vos objectifs, vos amis pratiquants et votre santé en générale.

De plus, si vous répondez sincèrement à ces questions, vous pourrez ensuite vous entraîner librement en étant conscient de vos lacunes et de vos points forts. Cela vous donnera davantage de confiance en votre pratique et vos redonnera de la motivation, ce que vous étiez en train de perdre, sans forcément vous en rendre compte.

Les erreurs à éviter dans ce questionnement

Beaucoup d’entre vous répondront de manière modeste à ces questions. C’est comme ça, c’est notre culture judéo-chrétienne. Vous pourriez aussi être tenté de répondre de manière présomptueuse, notamment à la question qui traite de la puissance.

Pourtant, sachez que le fait d’être modeste lorsqu’on pose sa propre analyse est aussi néfaste que le fait d’être présomptueux, car l’un comme l’autre sont des visions erronées de soi-même.

Soyez donc honnête pour une fois ; si vous avez déjà cassé la gueule à quelqu’un lors d’une bagarre et que vous l’avez envoyé au tapis, hé bien vous êtes sûr de répondre positif à la question sur la puissance.

Si maintenant vous doutez de votre enracinement mais que personne dans votre club n’arrive à vous faire bouger lors des exercices de Tui shou, alors vous êtes trop modeste avec vous-même.

 

Musique Maestro !

Qu’est-ce que ça vient faire ici, la musique ? Ça, c’est votre question. Ma question pour vous :

 

Que se passe-t-il lorsque vous écoutez de la musique ou une chanson qui vous plaît ?

 

Vous allez bouger la tête, battre la mesure avec votre pied, avoir envie de danser sans que vous vous expliquiez ce qui se passe. Votre corps réagit semble-t-il tout seul. Malheureusement, par timidité ou peur des autres, vous allez freiner cet engagement que votre corps a pris avec ce morceau que vous aimez.

 

Et là, vous avez tort.

Pourquoi ? Parce que vous vous habituez, à force de faire ça, à inhiber vos réflexes naturels. Ces réflexes naturels sont comme la création de connexions intuitives dans le cerveau, ça permet d’utiliser les énergies par le corps et donc de le rendre plus sensible et à l’écoute du monde qui l’entoure. Votre rôle est d’être spectateur de votre corps et surtout d’envoyer balader les regards des autres qui ne font que vous parasiter.

 

La musique crée en vous une réaction corporelle qu’il faut reconnaître, conscientiser et surtout laisser s’exprimer.

Pratique martiale et musique : mais, on m’a dit que mélanger les 2 c’était pas bien !

Rien n’est bien, rien n’est mal, c’est juste un conditionnement social. La musique peut être utilisée pour l’entraînement si vous savez pourquoi vous mettez de la musique. La question sera donc la suivante :

 

Quelle est la musique qui vous inspire le plus lorsque vous pratiquez ?

 

Gu Qin, Gu Zheng, flûte, Er hu, Pipa, bol tibétain, chants chamaniques, etc, on peut avoir toutes sortes de musiques promptes à l’exercice de notre discipline. Personnellement, j’ai une faiblesse pour l’association  Gu Qin et flûte longue en bambou ; l’avantage dans la musique est que chacun peut trouver chaussure à son pied.

Donc, lorsque vous mettez votre musique préférée de pratique martiale (ou de santé, c’est également possible) et que vous vous lancez dans un exercice, que se passe-t-il ? Vous avez davantage de facilité dans l’exécution des techniques n’est-ce pas ?

 

Voilà ce que je vous propose comme petit exercice :

  1. Trouvez un super endroit pour vous lancer dans 30 minutes de pratique sans être dérangé(e)
  2. Mettez votre musique préférée, celle qui vous donne des ailes pour pratiquer
  3. Oubliez tous les enchaînements que vous connaissez et « dansez » avec vos techniques martiales de manière chaotique (chaotique veut dire ici aléatoirement et sans aucun moyen de prédiction).

Ce troisième conseil est extrêmement important car vous allez pratiquer votre art sans filet.

Je m’explique. Il n’est plus question de tao ni d’enchaînement ici. Il est question de laisser le corps s’exprimer au travers des réflexes que vous lui avez inculqués lors de vos nombreuses heures de pratiques martiales et de santé cadrées par votre professeur.

Aujourd’hui, il n’y a plus de professeur durant cette demie heure, il n’y a plus de mots, de jargon, de style, de honte, de timidité, de pensées, de Qi, de regard, etc. Vous êtes en train de vous unir à vous-même, sans dogme, sans passé, sans souvenir, sans souci. La musique est une aide précieuse pour y arriver, car comme expliqué ci-dessus, votre corps réagit aux sons qu’il trouve agréable sans que vous ayez d’emprise sur lui ; il bouge avant vous. Ici et maintenant, laissez-le bouger. Personne ne vous regarde, vous êtes seul(e) avec vous-même, vous pouvez oser la liberté d’action martiale.

 

Avec de l’entraînement, vous éteindrez la musique.

 

Plus tard, lorsque vous aurez compris comment laisser votre corps s’exprimer, vous pourrez commencer à faire cet exercice sans musique. A partir de ce moment précis, vous trouverez tout l’intérêt du questionnaire que je vous propose au début de cet article. Vous arriverez peut-être même à dégager d’autres capacités martiales qui n’ont pas été mentionnées aujourd’hui. Ce sera le symbole de votre réussite !

Attention !

Cet exercice libre est un complément à une pratique dogmatique et cadrée. En aucun cas, cela peut remplacer les tao traditionnels, qu’ils soient à vocation de santé ou martiale ou en vue de préparer une compétition. De plus, comme je le dis souvent, vous ne pouvez absolument pas considérer les tao, libres ou cadrés, comme des préparations au combat. Ce sont certes d’excellentes préparations physiques mais l’aspect psychologique du guerrier ne se travaille qu’en situation de danger.

« L’enchaînement libre est un excellent exercice pour vous rendre une très bonne coordination et une liberté d’agir infinie. »

Si vous avez le temps, regardez cet exemple d’enchaînement libre, vous pouvez cliquer maintenant sur cette vidéo dans laquelle je décris certaines influences et donne d’autres explications :

Redonnez-vous de la motivation

Vous venez de lire un article un peu long sur un sujet dont on parle peu dans les arts martiaux. A partir de là, vous allez peut-être apporter de l’eau à votre moulin en changeant légèrement votre point de vue et vos habitudes, n’est-ce pas ?

Par contre, je dois vous avouer que, de même que Rome ne s’est pas construite en un jour, il vous faudra du temps pour arriver à vous libérer du conditionnement dogmatique des écoles et de la culture qui vous enchaîne. C’est pas facile, ça prend de l’énergie et du temps, c’est les raisons pour lesquelles il faut se trouver un endroit à l’abri des regards et mettre un peu de musique au début si besoin. Après, cela deviendra une habitude qu’il vous faudra garder et surtout exploiter, car cette pratique est infinie.

Allez du courage, vous avez besoin d’un peu de poivre dans votre vie et le moulin est juste là, dans cet article. Analysez votre progression puis pratiquez, puis analysez, puis pratiquez, puis échangez et partagez et ainsi de suite. Voilà le processus à suivre. Après quelques semaines à faire cet exercice, postez un petit commentaire pour partager votre ressenti !

Dans le but de toujours apporter une pierre à l’édifice, merci d’avoir pris le temps de lire.

Respect et salutations

M

PS : pour celles et ceux qui ont lu l’article jusqu’à la fin, je vous en remercie d’ailleurs, pourrais-je vous demander un service ? Je me pose plein de questions sur le niveau de maîtrise que vous avez de votre art, et notamment sur un thème qui me tient particulièrement à cœur : l’enracinement, l’ancrage au sol. Comme j’habite un peu loin de la France (9000 km, 12h d’avion, 6 à 7 heures de décalage horaire) j’ai trouvé un moyen simple de vous proposer mes questions. Vous auriez le temps d’y répondre ? 4 minutes montre en main, il vous suffit de cliquer sur ce lien :

évaluation Qi Gong, Tai Chi Chuan et autres arts martiaux

Pour vous remercier d’avoir participé à mon questionnaire, vous pouvez télécharger le guide illustré : « 5 postures martiales pour un meilleur enracinement » en cliquant ici :

guide illustré : 5 postures martiales pour un meilleur ancrage au sol

Agréable journée, soirée, nuit à vous !

Comment enchaîner librement des techniques martiales ?

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Vincent
Invité

Article très intéressant, comme souvent. On sent une véritable fibre pédagogique et une vraie générosité dans le contenu.
Je suis adepte de cette forme d’entraînement et c’est souvent la musique, avec des écouteurs, qui la provoque. Le plaisir de laisser son corps danser et de se permettre d’être un guerrier dans son jardin, ce qui est toujours plus enviable qu’être un jardinier à la guerre.
Les musiques qui m’inspirent sont en général plutôt occidentales car c’est la volonté de danser qui prime, mais ceci est très personnel.
Je viens d’aller jeter un oeil à ton sondage et il y a un bug à la question 3; impossible de donner la même réponse à plusieurs questions. Je n’ai répondu au sondage, car nombre de questions ne me permettaient pas une réponse satisfaisante.
Merci encore pour ce partage.

Mathieu Ayrault
Invité
Mathieu Ayrault

Bonjour Vincent,

Merci pour ton commentaire et aussi d’avoir essayé de répondre à cette enquête. Je vais regarder de près à ce bug.

Pour en revenir au sujet de l’article, je crois qu’on n’en parle pas assez dans les arts martiaux, peut-être par manque de temps (2 h par semaine en club c’est pas fait pour se lancer dans des débats avec petits Lu et thé vert mais plutôt pour apprendre des trucs tournés vers le trad). C’est un peu à chacun de découvrir cette pratique peu orthodoxe et tant pis pour ceux qui n’y pensent pas. C’est dommage et je trouve qu’il serait bon d’en parler de temps en temps parce qu’après tout c’est quand même un point très important dans la pratique, la libre expression.

Vincent
Invité

Article très intéressant, comme souvent. On sent une véritable fibre pédagogique et une vraie générosité dans le contenu.
Je suis adepte de cette forme d’entraînement et c’est souvent la musique, avec des écouteurs, qui la provoque. Le plaisir de laisser son corps danser et de se permettre d’être un guerrier dans son jardin, ce qui est toujours plus enviable qu’être un jardinier à la guerre.
Les musiques qui m’inspirent sont en général plutôt occidentales car c’est la volonté de danser qui prime, mais ceci est très personnel.
Je viens d’aller jeter un oeil à ton sondage et il y a un bug à la question 3; impossible de donner la même réponse à plusieurs questions. Je n’ai répondu au sondage, car nombre de questions ne me permettaient pas une réponse satisfaisante.
Merci encore pour ce partage.

Patrcia
Invité
Patrcia

Merci pour ce partage ,je pratique le t’ai chi style Chen depuis 6ans et en ce moment j ai le sentiment de stagner je ne suis plus motivée je suis en attente d un ressenti que je ne trouve pas.j’ai eut plaisir à vous lire et vais me remettre en question
Bonne journée à vous

Mathieu Ayrault
Invité
Mathieu Ayrault

Bonjour Patricia,

Merci pour votre retour, en effet, j’éprouve de temps à autre ce genre de stagnation et c’est souvent le signe que notre quotidien a besoin de changement. Décider de vos changements, c’est décider de vos choix, c’est donc décider de sa liberté. Bonne pratique à vous, en espérant vous lire bientôt !

Patrcia
Invité
Patrcia

Merci pour ce partage ,je pratique le t’ai chi style Chen depuis 6ans et en ce moment j ai le sentiment de stagner je ne suis plus motivée je suis en attente d un ressenti que je ne trouve pas.j’ai eut plaisir à vous lire et vais me remettre en question
Bonne journée à vous