Début de l’aventure

21 août 2008, Beijing.

 » Salut Mathieu, tu as fait bon voyage ?

– Très bon voyage merci. Tu n’as pas attendu trop longtemps j’espère ?

– Non non, ça va. Je peux prendre ton sac ?

– Oui merci. »

 

Sun Weijie, une camarade chinoise qui avait passé l’année précédente dans notre classe de Licence de chinois à Montpellier en échange, m’avait contacté par e-mail quelques jours plus tôt pour savoir quand exactement j’arriverais à Beijing. Elle était à l’heure, une des nombreuses qualités chinoises, à notre rendez-vous à l’aéroport. Le trajet sans escale s’était bien passé, entre les films, les somnolences et les discussions des équipes de journalistes qui m’entouraient dans l’avion. Je ne comprenais pas vraiment pourquoi il y en avait autant d’ailleurs, des journalistes.

 » C’est gentil d’être venue me chercher, d’autant plus que c’est la première fois que je viens en Chine.

– Il n’y a pas de quoi. Où est ton hôtel ?

– Je n’ai pas encore d’hôtel, je vais bien en trouver un sur la route … « 

A ces mots, mon amie s’était arrêtée net et me regarda avec des yeux tout ronds.

 » Tu n’as pas d’hôtel ? ?

– Non. Mais tu sais, c’est comme ça par moments en France, tu prends ton sac et tu vas où le vent te mène. Et donc tu trouves ce dont tu as besoin sur la route.

– Oui, je comprends mais là c’est pas la France, c’est Beijing et on est en plein dans les Jeux Olympiques qui viennent de commencer. Tous les hôtels sont pleins. »

Je ne comprenais pas ce que ça voulait dire en terme de logistique. J’avais 25 ans et j’étais en mode routard inconscient et joyeux luron. Un étudiant alter mondialiste en voyage d’échange scolaire. Il était vers 16h00 de l’après-midi. N’importe qui d’intelligent se serait inquiété de ne pas avoir encore trouvé d’hôtel à Pékin, en plein JO de Pékin. Mon amie du appeler son père qui, le temps de faire le trajet aéroport – « centre ville », avait déjà trouvé un hôtel de seconde zone, mais qui n’acceptait pas spécialement les étrangers (ça arrive fréquemment car selon les rumeurs, les étrangers se comportent mal, ramènent des filles, prennent les Chinois pour des esclaves, etc.). Arrivés sur place, mon amie expliqua la situation mais elle du appeler de nouveau son père, le passa au réceptionniste qui finalement m’accepta, du moment que je ne reste pas trop longtemps. C’était mon premier contact avec l’expression Guan Xi – 关系 (relations ou connexions en français) mais je n’en avais même pas conscience. D’ailleurs je n’avais rien compris du tout à ce qui s’était passé. En chinois, je baragouinais à peine un « bonjour » correct à l’époque.

Après avoir assuré à l’hôtelier que je ne resterais pas plus de 2 nuits – je devais partir ensuite pour Shanghai où ma copine m’attendait – je pris mes affaires et montai dans ma chambre pour m’écrouler sur mon lit. Il faisait au moins 33°C dans la chambre, je ne savais même pas comment faire fonctionner cette clim au dessus de la télé. Je me disais que cette température était sûrement normale : au mois d’août, il fait chaud.

 

Durant ce court séjour à Beijing, mon amie Sun Weijie et son copain m’ont fait visité les endroits cultes de la ville et m’ont fait goûter aux plats locaux les plus fameux (pas tout à fait comme sur la photo ci-dessus). A ce sujet, leur enthousiasme devant les plats m’avait bien surpris : ils sont marrants ces Chinois, on dirait qu’ils deviennent fous devant des trucs à bouffer ! me dis-je. Avec le recul, j’espère ne pas les avoir pris pour idiots à force de ne pas faire plus de cas que ça pour les plats qu’ils me proposaient. L’expérience du terrain ne s’apprend pas du tout à l’école ; il m’est impossible maintenant de ne pas prendre en considération les plats sur la table lorsqu’on se réunis avec les amis chinois.

Le deuxième jour, j’ai eu une conversation avec ma copine au sujet du billet d’avion qui devait m’emmener de Beijing à Shanghai. Il y avait un problème d’horaires je crois, m’en souviens plus très bien. Malheureusement, à cette époque, je n’avais pour moyen de communication que mon ordinateur et la connexion Wi-Fi de l’hôtel. Le système e-tickets n’était pas encore vraiment développé. On devait donc trouver un moyen pour que j’obtienne ce billet d’avion imprimé. Impossible de bouger dans Beijing, je me serais perdu direct, je parlais pas chinois même si j’avais des rudiments en lecture et j’étais encore en plein décalage horaire. De Shanghai, ma copine avait finalement réussi à contacter une de ses amies à Beijing pour recevoir le billet (je ne sais pas comment) et qui elle-même avait délégué le transport dudit billet jusqu’à ma chambre d’hôtel à une de ses amies par manque de temps.

Ça ne faisait que 2 jours que j’étais là et des choses se passaient sous mon nez sans que j’aie les outils culturels pour les interpréter. En gros, en Chine, on se plie en 4 pour vous aider, une autre des nombreuses qualités des Chinois.

L’arrivée à Shanghai

Je me rappellerai toujours de mon arrivée à Shanghai, peut-être même après la mort. Ou plutôt mon arrivée chez ma copine. Issue d’une famille shanghaïenne un peu « upper middle-class » elle allait devenir ma femme l’année suivante, mais ça je ne le savais pas encore puisqu’on ne l’avait pas encore décidé.

Sa mère m’a tout de suite plu avec son « Bonjour » en français avec l’accent local qui allait avec. Son « seat down please » également. Ma copine me disait alors comment faire ici, où poser mes affaires etc. Garçon bien élevé, je ne m’étalais surtout pas ; je savais qu’il y avait des différences culturelles. 2 heures après mon arrivée, Beau Papa a ouvert la porte d’entrée. Je l’attendais déjà, ému, bon enfant, ma copine à côté de moi, nerveuse autant que souriante et ma belle mère dans la cuisine. La porte n’était pas encore refermée, les chaussons pas encore chaussés que BP (Beau Papa) me toisait de la tête aux pieds et vice-versa, sans expression sur le visage.

 » 你好, lui dis-je.
– 你的洋鬼子很高。 » dit-il en regardant sa fille et en me contournant tout en me regardant.

 

Ah ? Pardon, je traduis.

 » Bonjour.  (avec une impolitesse effroyable car en Chine, surtout face à son Beau Père, on met le nom – ou le petit nom – de la personne à qui on parle en premier, il aurait fallu que je l’appelle « Papa ». Ce qui m’est impossible encore aujourd’hui. Pas d’explications, c’est comme ça)
– Il est grand ton démon blanc. (Démon blanc fait référence aux Anglais et aux Français entre autres, envahisseurs de certaines provinces en Chine lors de la première guerre de l’opium au 19ème siècle – mais bien sûr, je ne comprenais pas ce qu’il disait et considérais cette attitude normale car après tout, je n’étais pas chez moi)

J’étais donc le démon blanc, joli nom qui m’est resté jusqu’à la rupture.

Voilà donc comment s’est passée ma première semaine en Chine, ou plutôt à Beijing et Shanghai. J’étais propulsé dans une culture dont je n’avais absolument aucune idée des tenants et des aboutissants, même après 2 années de fac de chinois, pourtant LLCE Chinois (Licence en Littérature et Civilisation Étrangère spécialisée chinois). Je suis resté un peu moins de 2 semaines chez BP et Belle Maman, qui ont malgré tout promené à droite à gauche le démon blanc et ses yeux de poisson frit à la moindre approche d’un temple banal ou une rue un peu « traditionnelle »…

 

L’année à Dalian

Après le séjour shanghaïen, direction Dalian, dans le Dong Bei, le nord-est chinois. J’avais choisi de finir ma licence en échange en Chine et Dalian et ses 6 millions d’habitants me paraissait plus abordable que Shanghai et ses 20 millions de personnes. Ma fac à Montpellier avait des programmes d’échange avec des universités dans ces 2 villes et on m’avait demandé de choisir la ville où je voulais finir ma 3éme année de licence. Ma décision était un peu étrange car ma copine était shanghaïenne. Malgré cela, vivre dans une fourmilière de 20 millions d’âmes alors que Montpellier me paraissait déjà être une grande ville, c’était pas dans mes cordes. Et puis on se contactait très souvent avec ma copine, donc bon, ça ne se serait pas mal passé de toute façon. Sachant qu’en plus, durant les 10 mois à Dalian, j’ai du faire l’aller-retour Dalian-Shanghai 5 ou 6 fois.

J’avais un petit appartement à Dalian, pas loin de l’arrêt du bus qui nous emmenait au campus à 30 bornes du centre-ville, mes camarades de Montpellier et moi. Ils étaient tous en Master 2 en échange, on s’était connus avant de partir, de la même manière que j’avais connu ma copine sur les bancs de la fac. J’étais pourtant le seul de ma classe à avoir participé à l’échange, les autres élèves de la classe « ne se sentaient pas prêts pour ce voyage », textuellement.

 

Avec le temps, je me suis fais des amis à Dalian. Des Japonais, des Québécois, des Pakistanais, des Coréens, des Russes et bien sûr des Chinois. C’est avec ces derniers que j’ai passé le plus de temps, entre les restos, les sorties en boîte ou en bar ou dans les cybercafés à jouer à Counter Strike jusqu’à en avoir mal aux yeux. Si d’ailleurs j’ai un conseil pratique à donner c’est bien celui-ci : le chinois c’est comme la vie, ça s’apprend sur le terrain, dans n’importe quelle situation, n’importe quel état, à n’importe quelle heure et dans n’importe quel endroit, tant qu’il y a des vrais copains autour, des gens avec qui faire la fête et sur qui on peut compter. Si vous restez dans le cadre du gentil étudiant qui étudie dans sa bibliothèque, vous allez louper quelque chose. Je ne me souviens pas à combien de fêtes j’ai pu participer avec mes amis chinois, mais une fois que l’inhibition a sauté, on fait des progrès remarquables en langue.

 

Et je me souviens d’avoir commencé comme ça :

« euh  … euh … Ni hao …. Zhe ping …. shui …… duo shao ….. qian ? (Bonjour, combien coûte cette bouteille d’eau ?)

– 这瓶水要两块儿. (Cette bouteille coûte 2 RMB)

Je n’avais strictement rien compris à la réponse, alors que j’avais pris le temps d’écrire ma question en pin yin avec les tons sur un bout de papier 5 minutes plus tôt pour finalement donner un billet de 50 RMB, me disant qu’une petite bouteille d’eau ne pouvait pas coûter plus de 5€ …

Nouvelle ville, nouvelle vie

Shanghai est une ville dans laquelle vous pouviez trouver un job en moins d’une semaine à l’époque avec les connexions, ce qui n’a pas vraiment changé sauf qu’il vous faut maintenant jouer de l’index sur votre smartphone et les différents réseaux locaux (si bien sûr vous avez déjà un visa Z et un permis de travail en bonne et due forme, procédure déroutante au regard des nombreux changements récurrents que subit la loi sur l’immigration en Chine) … Mais ça, je ne le savais pas lorsque je me suis installé provisoirement chez mes beaux-parents pour commencer ma nouvelle vie. Je ne savais pas non plus que « provisoirement » allait se transformer en semaines puis en mois. C’est ainsi que je suis resté chez mes beaux parents pendant 8 longs mois. Bien plus tard, l’expérience similaire d’un ami que je venais de rencontrer a rendu cette durée interminable de 8 mois bien ridicule car celui-là était resté 6 ans chez ses beaux parents. Suprême respect pour ce guerrier. Inimaginable … 6 ans de choc culturel journalier ! … Rien que d’y penser, j’en reste encore pantois.

 

Voici une liste très courte de ces chocs culturels auxquels on fait face lorsqu’on habite avec les Chinois :

L’espace privé

A la maison, l’espace privé n’existe pas pour les enfants. Les membres de la famille entrent et sortent à leur guise de la chambre des enfants, même si vous avez 25 ans, car si vous n’avez pas encore d’enfant même si vous êtes marié, vous êtes tout de même considéré comme un enfant. Dès lors que votre famille s’agrandit, votre transition entre « être un enfant » et « devenir un adulte » est vécue par toute la famille, nouveaux grands parents y compris.

L’espace se réduit alors encore plus car vous devez savoir qu’en Chine, ce sont les grands parents qui s’occupent des enfants, les parents doivent constamment travailler pour apporter l’argent à la maison. Ce qui crée de vives tensions sur plusieurs fronts : la responsabilité de chacun dans la sphère familiale (ré-équilibrer les rôles de chacun à la maison), l’espace privé (voir votre Belle Mère débarquer TOUS LES JOURS de la semaine (Samedi et Dimanche y compris) à 7h00 chez vous sans frapper à la porte et se diriger vers la chambre de bébé qui dort pour le réveiller parce qu’à 7h30 on doit manger le petit déjeuner car c’est écrit dans le Huang Di Nei Jing, c’est énervant – euphémisme), l’éducation du nouveau né (source de conflit majeure car il ne faut surtout pas que les enfants soient contrariés, ils doivent toujours être contents quoi qu’il en coûte), les finances nécessaires au confort du bébé (acheter de préférence les meilleurs produits étrangers car les produits chinois ne sont pas « trustable »).

A titre personnel, après de nombreuses frictions avec mes beaux parents, le calme est revenu au foyer plus de 2 ans après la naissance de mon enfant. Je peux vous garantir que pour rien au monde je ne revivrai ce choc culturel qu’est l’éducation d’un enfant métisse sur le sol chinois.

 

L’assistanat

Vous êtes systématiquement assisté : administrativement, financièrement, émotionnellement, matériellement, ce qui dans les meilleurs cas créera une dépendance, dans les pires cas vous serez conscient de la perte totale de liberté d’action. C’était le cas avant ma petite rébellion.

Cette attitude de la part des parents et grands parents chinois part d’une bonne intention à savoir le confort de leur progéniture, mais comme souvent, le geste est démesuré, excessif, prétentieux et souvent motivé par la peur, l’angoisse et la compétition qui fait rage dans les sociétés asiatiques. La plupart des enfants chinois n’ont pas d’enfance, car les activités de loisirs sont très tôt remplacées par les devoirs et les cours d’appoint extra scolaires. Certains d’entre eux ne savent même pas passer le balais après avoir été diplômés de l’université.

L’assistanat et la surprotection des enfants dès le plus jeune âge pour leur permettre de se focaliser sur la scolarité leur enlève toute initiative et créativité. Malheureusement, plus le réveil de la conscience arrive tard et plus le choc est grand. Il n’est pas rare d’entendre parler de suicide d’élève n’ayant pas réussi aux examens par exemple. Je me souviens d’avoir vu une élève fondre en larme en apprenant qu’elle n’avait eu que 95/100 à un examen de maths, par exemple. En tant qu’Européen vivant dans une famille chinoise, il est trop difficile de supporter un drastique retour en arrière dans son développement personnel.

 

Etre différent

Se sentir constamment observé car on n’oublie pas de vous dire que vous êtes différent et on vous demande souvent de choisir votre camp : « Alors, tu préfères la Chine ou la France ?  » Impossible de répondre franchement à cette question quand vous venez d’arriver sur le sol chinois.

Les Chinois sont très patriotes, à différents degrés bien sûr, et lorsqu’on leur parle en toute honnêteté et en connaissance de leur pays, ils sont ravis d’entendre l’avis des étrangers. On peut alors être critique tout en restant poli, courtois et mesuré sur les thèmes sensibles que sont la politique, le Tibet ou Taïwan, le racisme en Chine, l’individualisme, l’éducation, etc.

Une autre qualité des Chinois est qu’ils peuvent parler de tout sans s’enflammer, sans forcément prendre position, car ils ont cette faculté de mettre facilement leurs émotions de côté, à partir du moment où, comme dit précédemment, on reste courtois à l’égard de l’interlocuteur.

 

 

La place sociale

Due à des disparités phénoménales entre les riches et les pauvres en Chine (la France à côté c’est mignon) et à la Grande Révolution Culturelle des années 60, la principale religion dans les foyers chinois est l’argent. Qui est riche s’en sort, qui n’est pas avec toi est contre toi, qui possède une maison a une famille, qui possède 2 logements a un futur.

Voitures, vêtements, accessoires, technologies sont étalés n’importe où, n’importe quand à la vue de tous afin d’asseoir son statut social. Qui est riche a un pouvoir dans la hiérarchie néo-féodale qu’est la société chinoise. Donc les sujets de conversations à la maison sont souvent centrés autour des finances et des fameuses Guan Xi – 关系 (qu’on pourrait traduire comme « piston » ou « contacts » ou « relations » en français).

 

La solitude

Parler de ses sentiments, de ses peurs ou de ses colères est stérile car la conversation s’achève très vite par : « Pour être en bonne santé, il faut être content. Sois content. » C’est pas faux, mais bon … ça ne suffit pas à désamorcer une situation psychologique critique. On ne peut pas en vouloir aux Chinois car dans les sociétés asiatiques bien souvent on évite d’étaler son sort par pudeur.

Les outils de compréhension des troubles du comportement ne sont pas les mêmes non plus. Une plus grande frustration naît alors car on demande une aide qui se solde très souvent par l’insatisfaction de la réponse qu’on vous donne. Il n’est pas rare de s’apercevoir à ce titre que bon nombre d’étrangers vivant depuis plusieurs années en Chine souffrent d’addictions sévères : alcool, sexe, violences, critiques exagérées, racisme, travail, sport, jeux, consommation, etc.

Et j’en passe. Beaucoup.

En somme, les différences culturelles, quand vous ne les acceptez pas, vous repoussent petit à petit vers une forme de solitude subie. Notez ici le terme « accepter » qui est bien plus adéquat que le terme « comprendre » car comprendre quelque chose, c’est très facile. Vous prenez un bouquin et vous comprenez. « Accepter » fait partie du domaine du terrain, du quotidien, de l’expérience, de la vie. Accepter la différence a beaucoup plus de valeur que comprendre la différence.

Chez mes beaux parents, j’ai commencé à écrire un journal relatant avec précision tout ce qui se passait autour de moi et aussi mes états d’âmes. C’était mon seul exutoire car bien qu’étant venu pour pratiquer les arts martiaux à l’origine, cela faisait déjà un moment que je ne bougeais plus. Plus la force ni l’envie. C’est comme ça quand tout va mal.

Je n’avais plus qu’une seule idée en tête : partir de chez eux, quitter les lieux. Étouffer, suffoquer, c’était les 2 seules choses que je savais faire à ce moment-là. Une belle mère qui ne vous veut « que du bien » et un beau père sapé en Ferragamo-Armani-LV allergique aux étrangers, avec des relations assaisonnées d’incompréhensions culturelles, ça ne vous fait pas apprécier la Chine. Ça vous fait regretter d’être venu.

J’ai fait une dépression pendant quelques mois sans personne à qui parler à part ma famille en France. Au boulot, on nous demandait d’être de gentils éléments disponibles 12h par jour et 7j/7. A la maison, il n’y avait plus de place pour la communication avec mes beaux parents et je faisais tout pour rester le moins longtemps possible dans l’appartement. Ma copine était entre 2 feux et mes excès d’humeur rendait la situation entre nous très tendue. La solitude prend racine dans ces moments-là. On ne comprend pas pourquoi vous ne souriez plus, ne parlez plus, êtes moins présent. Quand on vous voit tirer la gueule, on ne vous demande pas ce qui se passe, on vous dit juste des phrases bateau qui s’effacent en 3 secondes, par manque d’outils de compréhension de la part de chacun.

Jusqu’au moment où la cocotte minute explose.

 

Soudain. En direct. Boom ! Explose devant tout le monde, tu t’en fous de toute façon. Prends ton porte monnaie, sors ta CB et balance-là aux pieds de ceux qui sont présents parce que y a que ça qui les intéresse, le fric et la face, mets tes pompes, ouvre la porte, sors en vomissant ton venin, claque la porte.

 

Souffle ….

La sortie de crise

Quelques jours plus tard, on était enfin installés dans un chez nous. Appart pourri, dans un fond de compound pourri mais on était enfin dans notre espace perso. On pouvait enfin commencer à voler tout seuls, du moins c’est ce qu’on croyait mais ça suffisait à nous rendre justement « contents ». Le coup de force dont la belle famille avait été témoin montrait qu’il y avait un réel problème de cohabitation. En Chine, c’est la force qui prime quand on ne vous entend pas, on est radical dans les actions ici. Je tiens à signaler qu’à cette époque-là je parlais chinois correctement pour comprendre et être oralement compris et que les malentendus ne venaient pas de la barrière de la langue qui disparaissait de plus en plus mais plutôt, encore et toujours, de ce choc culturel.

Le choc culturel sévit. Il vous emporte comme un bout de bois sur une mer démontée avant de vous balancer sur le premier récif qui traîne. Ce n’était pas grand chose comparé à ce qui allait m’arriver en 2015, à la naissance de mon enfant, et pendant les 2 années qui ont suivi. Beaucoup de couples pluriculturels divorcent pour cette raison, 75% des couples paraît-il. Dommage pour moi, je n’ai jamais été quelqu’un qui opte pour la facilité, préférant continuer sur ce chemin qui voit de temps à autre des explosions de cocottes minute. Malgré des doutes assaillants il y a quelques années, je suis sûr maintenant que j’ai eu raison de continuer et de m’accrocher.

 

« Faire ce qu’on veut quand on veut en pensant que ça s’appelle « liberté » est une pure illusion.

La liberté c’est pouvoir choisir les difficultés qui surviennent dans la vie et dont personne n’est à l’abri. »

 

 » Tu entends ? On dirait quelque chose qui gratte …

– Oui, j’entends … Qu’est-ce que c’est ? J’ai peur, tu vas voir ?

– Ok, j’y vais. »

Ce que ma femme m’avait demandé d’aller vérifier était les bruits que faisaient des rats qui grignotaient dans notre réserve de riz dans la cuisine. Ma BM (Belle Mère), alors qu’elle était venue un après-midi apporter les plats qu’elle avait cuisinés pour notre dîner, avait surpris les 2 ou 3 rongeurs, le museau et les moustaches dans le sac. Illico, coup de téléphone de ma BM au proprio car c’est elle qui gérait notre nouvelle vie dans le quartier voisin du sien, « il y a des rats dans l’appartement, c’est invivable, qu’est-ce qu’on fait ? ». Le propriétaire, un homme très gentil, avocat de son métier – il faut le dire car sa profession nous a été indirectement favorable, il connaissait les lois – nous a rendu la caution et le trimestre de loyer (en général on paie les loyers tous les 3 mois) en s’excusant. Une personne à la fois honnête et polie, c’est rare. Quoi qu’il en soit, retour en catastrophe chez les beaux parents, et je passe les détails relationnels dus à cette fâcheuse histoire.

 

2 semaines plus tard, nous avions trouvé – ma BM avait trouvé pour nous, pardon – un autre appartement, rénové, propre que nous allions quitter 1 an plus tard car le propriétaire avait décidé de marier son fils et donc de le faire vivre dans cet appartement qui était enfin devenu notre nid douillet. Déménagement donc dans un appartement par chance très semblable au précédent, dans le bâtiment d’en face, après la visite d’une vingtaine de logements tous plus minables les uns que les autres et à des prix exorbitants. Entre temps, ma copine était devenue ma femme et j’avais changé de boulot. Je commençais à refaire surface, l’espace personnel et intime c’est important pour les « démons blancs ». J’avais quitté la prison mentale du choc des cultures mais je vivais toujours dans la frustration : « Qu’est-ce que je suis venu faire ici ? Je ne suis sûrement pas venu ici uniquement pour me marier… »

 

Les déménagements sont très courants dans certains quartiers du « centre-ville » de Shanghai qui se développent. Je ne sais pas pour ce qui est du reste de la Chine, mais ça doit probablement être le cas aussi, puisque les propriétaires (qui sont en fait bailleurs de l’Etat pour une durée de 70 ans – l’Etat reprend théoriquement le bien durement acquis passé cette durée, mais personne pour l’instant n’a eu la « chance » de vivre ça car c’est une loi qui date du premier régime communiste) font monter les loyers comme ils veulent (l’Etat ne contrôlant rien) suivant l’avis de la plupart des agences immobilières non scrupuleuses donnant des prix de marché sortis de leur chapeau. On dit, à Shanghai, que les agences immobilières sont des « petits propriétaires » 二房东 (litt. second propriétaire). Il y a quelques temps, lorsqu’un propriétaire déposait une annonce en agence, l’agence s’octroyait le droit d’augmenter le prix que le propriétaire avait donné, sans obligation de l’informer. On s’arrangeait pour que proprio et locataire ne se rencontre jamais et hop, le tour était joué. C’est comme ça qu’a été crée, dans une certaine mesure évidemment – c’est bien plus compliqué que ça – la bulle immobilière concernant les prix des loyers à Shanghai. Pour les ventes immobilières, on utilisait le même genre de magouilles. Cette augmentation des prix était complètement démesurée mais totalement connue de l’Etat. Qu’en penser ? On ne saura jamais, c’est opaque, comme tout ce qui touche à l’argent en Chine. Pourtant, très récemment, l’Etat a commencé à intervenir, ce qui a ralenti progressivement l’expansion de la bulle. L’argent, la religion.

 

Résurrection

« Chérie, j’ai enfin trouvé un club où je peux recommencer à étudier les arts martiaux. C’est pas loin, à 2 stations, de métro d’ici, le mercredi soir et le dimanche soir. Tu en penses quoi ?

-C’est très bien ! Vas-y, tu as besoin de te défouler. »

La salle était super, il y avait 2 mannequins de bois pour le Wing Chun, 3 sacs de frappe qu’on utilisait régulièrement, des miroirs pour corriger directement nos positions, des armes de pratiques (on faisait souvent du bâton et du shuang jie gun – nunchaku) et la salle était aérée correctement. L’adhésion n’était pas très chère, environ 300 euros par an de souvenir (sans tous les trucs d’assurance – ça aussi c’est au cœur des conversations ici – ou de licence de quelconque fédération) et les gens qui y venaient étaient très sympas. De plus je n’étais pas le seul étranger, même si à l’époque ça ne me faisait déjà plus rien d’être tout seul parmi les Chinois.

 

L’entraîneur Wang était super sympa, un gars de l’Anhui avec un accent à couper au couteau, fallait tendre l’oreille. Il enseignait le Jeet Kune Do, mais je crois qu’en fait c’était plus un mélange de son expérience martiale assaisonnée de temps à autre avec la pratique du nunchaku – fallait respecter « l’image Bruce Lee » associée à cette arme, sinon il aurait pu perdre son boulot car le cours était titré « Jeet Kune Do ». En Chine, les Wuguan (Dojo chinois ou kwoon en cantonais) sont avant tout des business qu’il faut faire tourner à coup de techniques marketing et publicitaires. Mais Wang s’en foutait, de toute façon ça lui plaisait aussi. Il était depuis toujours un passionné d’arts martiaux, donc du bâton de Shaolin ou du nunchaku ne faisait aucune différence pour lui. Ni pour nous d’ailleurs.

Quelques mois plus tard, voyant que le Jeet Kune Do ne me calmait toujours pas, ma femme me dit ceci :

« S’il y a des cours de Tai Ji Quan dans ton Wuguan, je te conseille de changer et de faire du Tai Ji Quan. Ça calmera ta nervosité. « 

C’est le meilleur conseil qu’il m’ait été donné d’entendre jusqu’à maintenant. Je ne serai jamais assez reconnaissant envers elle de m’avoir dit ça un jour, car c’est précisément ce conseil qui a changé profondément ma vie.

 

J’ai ainsi rencontré mon maître, Jiao Yu 矫羽, un mec plus jeune que moi d’un an, venant du nord-est chinois, petit, trapu et féru d’arts martiaux traditionnels en plus d’être un excellent combattant sur le ring (3 rencontres contre des pro et des semis pro beaucoup plus jeunes et 3 victoires par KO, remarquable lorsqu’on n’est qu’un « amateur »).

Je tiens à préciser qu’il n’est pas nécessaire d’avoir un maître beaucoup plus âgé que soi. La barbe blanche ou la toge de bonze, par exemple, sont tout simplement des freins à l’apprentissage car ça inhibe et provoque un respect excessif et inutile qui plus est est fantasmés à partir des films des années 70. Pour reconnaître un bon maître, il faut :

1.passer du temps avec lui (ou elle – une femme peut aussi bien être votre maître) et parler de tout et de rien, en plus des arts martiaux. C’est le temps que dure votre relation avec cette personne qui vous fait reconnaître si cette personne est un bon maître, pas les on-dit ou les critiques. De plus, chacun a son propre bon maître. Le mien n’est sûrement pas un bon maître pour tout le monde, et vice-versa.

2.toujours se sentir dominé, dans les combats je veux dire. On respecte avant tout l’art. Se sentir dominé cela signifie que bien que vous ayez poussé franchement toutes vos capacités au maximum, votre maître reste imbattable. C’est pourquoi la complaisance d’un élève envers son prof affecte particulièrement la pérennité de l’art. Il faut y aller à fond et sans retenue. Cela ne signifie pas manquer de politesse, au contraire, le maître apprécie les élèves qui ont la gnac et qui en veulent. ATTENTION : cette attitude ne convient pas à toutes les situations ; lorsqu’il s’agit d’une démonstration publique, il ne s’agit pas d’un entraînement. Le maître indiquera alors à l’élève la manière de se comporter, mais sans en faire des caisses comme on le voit parfois dans certaines vidéos.

3.être sûr qu’il (elle) comprenne votre hygiène de vie. Nos habitudes et notre rythme de vie ne permettent pas de nous entraîner à toute heure du jour ou de la nuit. Etre transparent vis-à-vis de son hygiène et de son rythme de vie est une forme de respect qui va donner des détails au maître afin qu’il vous donne en retour les bons conseils. Aucune raison donc de ne pas lui confier que votre transit intestinal ne fonctionne pas correctement, notamment si votre domaine est les arts martiaux internes…

4.enfin, vous sentir à l’aise avec lui (elle) évidemment. Votre maître n’est pas votre ami(e) mais peut le devenir, gardez toutefois la politesse de rigueur.

 

Au Wuguan, la pédagogie de Jiao Yu durant les cours de Tai Ji Quan, suivait toujours le même processus : posture de l’arbre, Tai Ji Quan style Yang – les 24 formes de Pékin – et pour finir du Tui Shou, à pas fixes et mobiles pour les connaisseurs.

Tenir la posture de l’arbre pendant 15 à 20 minutes dès le début des cours en a fait fuir plus d’un. Les gens viennent souvent au Tai Ji Quan par idéalisme et/ou méconnaissance du thème ; ils confondent avec le Qi Gong et sont généralement très motivés pour en apprendre plus sur la fameuse « énergie ». On a d’ailleurs essayé maintes fois d’aborder ce sujet avec Jiao Yu dans ses cours et celui-ci répondait invariablement :

 

« Dans ce domaine, c’est votre parole contre la mienne. Pour l’instant ce que vous ressentez c’est juste des manifestations du sang qui circule. On peut parler de ces choses mais c’est ni plus ni moins qu’un amusement pour l’esprit car tant que ça reste ésotérique, c’est inutile de comparer quoi que ce soit. Ça ne veut pas dire que ça n’existe pas, ça veut dire que votre vérité n’est pas toujours la mienne et vice-versa. Donc ce n’est pas important pour l’instant. Pratiquez, entraînez-vous, échangez avec les autres en utilisant votre kung fu et non des paroles, analysez vos défauts et vos qualités, et c’est tout ce qui compte. »

 

C’est avec ceci en tête que nous sommes graduellement arrivés, mes frères martiaux et moi, au Xing Yi Quan qui partage avec le Tai Ji Quan le socle commun des postures d’enracinement. Puis avec le temps, les noms de styles passèrent en arrière plan pour laisser la place à une appellation plus générale : Nei Jia Quan – art martial interne. Ce terme ne fait pas référence à un style cloisonné mais plutôt à un mode d’entraînement et une vision particulière de la place des arts martiaux chinois internes dans cette société moderne : il ne s’agit pas uniquement d’un art de santé et ce n’est pas non plus qu’un entraînement au combat. Il s’agit de redonner aux arts traditionnels la place qui leur revient, au milieu du cercle que forment la culture, le sport, la santé et la guerre. A l’instar du Jeet Kune Do du pionnier Bruce Lee, qui était avant tout une philosophie martiale plutôt qu’un style, le Nei Jia Quan est également une façon de concevoir les arts martiaux chinois internes au 21ème siècle.

 

 

Aujourd’hui, je mène ma barque, comme une personne lambda vivant dans un environnement quelconque, avec des contraintes, des imprévus et des événements. Le Nei Jia Quan m’aide énormément, il s’est complètement intégré à mon quotidien de prof de français, de père de famille et de mari étranger. C’est un des objectifs des arts martiaux, être au service de la vie du pratiquant. Arts martiaux, mode de vie, immigration, culture, intégration sociale, quotidien, surprises, il y a tant de choses à dire sur ce passage dans la vie …

J’aurais voulu vous en parler …

 … mais il me faudrait écrire un article 10 fois plus long et je sens bien que j’abuse de votre temps.

 

J’aurais voulu vous parler de ces migraines qu’on attrape à cause de l’impossibilité de sortir par jour de pollution atmosphérique élevée. Ou bien encore de ces chansons de l’époque Mao jouées sur des stations Hi-Fi portables au son saturé mais qui font danser des camarades, jeunes retraitées, par dizaines sur les places publiques. J’aurais aimé vous expliquer dans cet article que le repos est un luxe à Shanghai car c’est tous les jours lundi ou encore tenter de vous lister les innombrables incongruités locales. Et j’en oublie.

 

Donner 10 ans de sa vie à une culture étrangère n’est pas une mince affaire, comme vous avez pu le lire. Vous passez par des pics psychologiques tout à fait irrationnels ; colères, bonheurs, tristesses, négligences, frustrations, paranoïas, profondeurs, détachements, angoisses, illuminations, empathies, apathies … yoyo émotionnel qui devient banal finalement lorsqu’on choisit ce genre de vie. On s’y fait.

 

Pourtant, le jeu en vaut la chandelle. Je ne suis pas Chinois, mais je ne suis plus Français. La Chine ne m’apparaît plus comme un El-Dorado pour étudiant passionné, amateur aveugle ou fanatique illuminé. Elle est seulement un pays, avec ses histoires, ses cultures, ses qualités, ses défauts, son peuple.

Vous pouvez ranger ces gens qui restent longtemps loin de leur pays natal dans une case si bon vous semble.

Sachez juste que cette case doit être grise, ni noire, ni blanche car la couleur de l’herbe est la même ailleurs.

Merci pour votre lecture.

10 ans à Shanghai, banalités de laowai

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Loïc
Invité
Loïc

Excellent témoignage, très sincère et auquel on peut tous s’y retrouver un peu (chaque expatriation est différente après). Bon courage pour la suite 🙂

SYLVIE GABISSON
Invité
SYLVIE GABISSON

Cet article m’a fait voyagé. Merci beaucoup pour ce partage. Bonne continuation à vous.

Martial
Invité
Martial

Je retrouve bien là ce que j’ai vécu sur une seule année, alors 10 ans…
Il y a du respect et de la retenue dans ce joli article qui oblige à apprécier l’auteur.
L’herbe reste de la même couleur partout et ce qui nous pousse à le vérifier c’est bien notre volonté à croire que l’humain reste le même partout avec ses qualités et ses défauts.
Ton expérience liée aux arts martiaux reflète bien ce que ce mode consumériste à oublier: la recherche du bien être. Un esprit sain dans un corps sain.
Bon courage à toi l’ami!

Rougon Eric
Invité
Rougon Eric

Super article, merci pour le partage de ton expérience

Yaya
Invité
Yaya

Super ton récit Mathieu ! Je crois qu’on ressent tous la même chose…!
A Dalian, je vois la photo où tu es avec Ryu, c’est moi qui l’avais rencontré en premier en 2007 ou 2008, au Hopscotch ! ^^
J’avais oublié d’ailleurs que tu y étais juste avant moi avec Eric, Mourad, Nina…

J’aime beaucoup ton retour sur les arts martiaux, moi qui ait toujours voulu en faire mais n’ai jamais réussi à me motiver (à part 4 mois de tae kwon do à Dalian)…

A bientôt !
Yaya

Jean marc Jeanbourquin
Invité

Bonjour Mathieu
On ne se connaît pas. Ton récit de vie en Chine m’a beaucoup touché car il m’ouvre les yeux sur la vie en Chine que je ne connais pas. Si le choc des cultures a été très fort pour toi qu’en est il pour les chinois comme ton épouse ou ton amie de Beijing quand ils se sont retrouvés en France? T’en ont ils parlé?
Moi je pratique le Tai chi chuan depuis 26 ans et j’enseigne mon modeste savoir depuis plus de 10 ans.
Je lis toujours tes publications avec un grand plaisir.

Adon
Invité

Merci pour ce témoignage riche de compréhension si tenté qu’on prenne du recul avec soie, ses propres expériences. Y’a plus qu’à prendre la posture dite de l’arbre, Zhan Zhuang, entre autres. Heureuse continuation.